—Merci, ma cousine, mais j'ai suffisamment, je vous assure. Ma pauvre maman venait de recevoir son trimestre de pension…

Un domestique vint annoncer que la voiture était avancée. Myrtô serra les mains de ses parentes, et fut reconduite jusqu'au vestibule par Terka et Mitzi…

Les deux soeurs rentrèrent ensuite dans le salon, au moment où Irène disait d'un ton contrarié:

—Ce sera amusant d'avoir cette jeune fille pour institutrice! Je ne comprends pas que vous ayez songé, maman…!

—C'est vrai qu'elle est d'une beauté ravissante, dit la comtesse d'un ton de regret. J'ai peut-être été un peu vite, l'autre jour… Mais la pauvre enfant me faisait compassion, si seule, si triste… Et après tout, si elle est pieuse et sérieuse comme elle le paraît, la chose ne sera peut-être pas aussi ennuyeuse que tu le crains, Irène. Naturellement, elle restera en dehors de toutes nos relations, nous la confinerons dans son rôle d'institutrice…

—Je le pense bien! Croyez-vous que je serais charmée de présenter dans le monde cette cousine inconnue…

—Si jolie et si admirablement patricienne, ajouta la voix calme de
Terka.

Irène rougit et lança à sa soeur un coup d'oeil irrité.

—Moi, je pense que je pourrai faire avec elle tout ce que je voudrai, déclara Renat, occupé à décorer les oreilles du petit terrier avec des écheveaux de soie enlevés à la corbeille à ouvrage de sa mère.

—Mais je crois que tu ne t'en es jamais privé avec Fraulein Rosa, remarqua paisiblement Terka. Allons, Mitzi, il est l'heure de ta leçon de dessin. Si Renat est disposé aujourd'hui, il nous rejoindra.