—Non, Renat n'est pas disposé! riposta le petit garçon en s'enfonçant dans son fauteuil. Renat déteste le dessin, il n'aime au monde que la musique… Mais j'ai bien peur que votre Myrtô ne soit un mauvais professeur, maman, ajouta-t-il dédaigneusement.
* * * * *
Pendant ce temps, la voiture emportait Myrtô vers la gare. Il eût paru naturel qu'une de ses cousines l'accompagnât jusque-là. Mais cette idée n'était vraisemblablement pas venue à l'esprit d'aucune des jeunes comtesses, Myrtô apprenait déjà qu'il existerait pour elle une limite dans les égards et dans la sympathie.
Un peu d'amertume lui était demeurée de ces moments passés à l'hôtel
Milcza. Pour la chasser, elle entra dans une église et pria longuement,
épanchant son coeur fatigué en laissant couler doucement ses larmes.
Puis, réconfortée, elle gagna son logis.
Sur le palier du quatrième étage, Albertine causait avec son fiancé qui venait de déjeuner en compagnie de sa future famille et retournait maintenant à sa demeure. C'était un gros blond, bon garçon, très gai, qui avait une excellente place dans le commerce. Myrtô le connaissait déjà, Madame Millon l'ayant présenté à Madame Elyanni aussitôt que les fiançailles avaient été conclues.
—Eh bien! mademoiselle Myrtô, ce déjeuner s'est bien passé? demanda Albertine après que la jeune fille eut répondu gracieusement au profond salut de Pierre Roland.
—Mais très bien… Seulement, je suis contente de revenir chez…
Elle allait dire comme autrefois: Chez nous… Et elle retint les larmes qui lui montaient aux yeux en songeant qu'elle ne dirait plus ce mot si doux.
—… Je suis si lasse de corps et d'esprit que j'avais hâte d'être de retour ici, de ne plus avoir à causer, à écouter.
—Vous viendrez bien tout de même goûter à notre soupe, mademoiselle Myrtô? demanda Madame Millon qui apparaissait sur le seuil, Jean pendu à sa main. On ne causera plus beaucoup, pour ne pas vous fatiguer.