—Et je ne vous demanderai pas de me dire des histoires, ajouta Jean avec une générosité chevaleresque.

Myrtô avait bien envie de refuser, mais elle n'osa, craignant de blesser les excellentes créatures qui l'avaient entourée, durant tous ces tristes jours, d'attentions affectueuses et discrètes…

Elle s'assit donc le soir à la table des Millon, et pas une minute la modeste toile cirée, le couvert commun, les mets fort simples et le service fait par ses hôtesses ne lui firent regretter la table splendide, le menu délicat et le service impeccable de l'hôtel Milcza. Ici elle se sentait aimée, là-bas acceptée seulement… Et Myrtô était de celles qui font passer les satisfactions du coeur infiniment au-dessus de celles du bien-être et des raffinements d'élégance.

* * * * *

Quelques jours plus tard, un billet de la princesse Zolanyi informait Myrtô que le prince Milcza acceptait que sa mère s'occupât de la fille de sa cousine. Il fallait donc que la jeune fille s'apprêtât aussitôt pour son départ, et prît toutes les dispositions relatives à la vente des quelques meubles qui ornaient le petit logement.

Ceux qu'elle désirait conserver trouvèrent place chez une voisine qui acceptait, moyennant une faible rétribution, de les garder dans une pièce inutilisée. Les autres furent vendus avantageusement par les soins de Mme Millon, à qui Myrtô confia quelques souvenirs très chers mais trop encombrants pour être emportés.

—Et je soignerai bien vos fleurs, mademoiselle! dit la brave dame en étendant la main vers le bow-window, le jour où Myrtô quitta définitivement le cher petit logis.

C'était, pour la jeune fille, une consolation de penser qu'elle serait remplacée ici par ses voisines, les dames Millon échangeant, à l'occasion du prochain mariage d'Albertine, leur logement pour celui-là dont les pièces étaient plus vastes.

Toutes deux, avec le petit Jean, accompagnèrent Myrtô à la gare lorsqu'elle fut revenue du cimetière où elle avait été dire une dernière prière sur la tombe de sa mère. La jeune fille pleurait silencieusement en se séparant de ses humbles mais véritables amies, qui trouvaient moyen, jusqu'au dernier moment, de l'entourer d'attentions.

—Vous nous écrirez quelquefois, mademoiselle Myrtô? demanda Albertine en tamponnant ses yeux gonflés.