—Tout ça est au prince Milcza… tout ça, tout ça! disait Renat en étendant la main de tous côtés, vers les forêts dont la ligne sombre barrait l'horizon. Je ne peux pas vous montrer jusqu'où, et il vous faudra longtemps pour connaître tout. Nous irons en voiture, cela m'amusera de vous montrer… Il y a un lac si joli!… Et le Danube n'est pas loin, vous verrez. Le prince Milcza a un petit yacht, où il se promène quelquefois avec Karoly.
—Qui est Karoly? demanda Myrtô.
—Karoly, c'est son fils.
—Ah! le prince est marié? dit-elle avec surprise, car jamais elle n'avait entendu faire allusion à une princesse Milcza.
—Non, il ne l'est plus… et puis il l'est tout de même, répondit
Renat.
—Voyons, que me racontez-vous là, Renat? dit-elle en souriant.
Voulez-vous dire que votre frère est veuf?
—Mais non! fit l'enfant avec impatience. Vous ne comprenez rien! Je veux dire que… Ah! nous voilà arrivés! Regardez, Myrtô!
Les voitures, sortant d'une magnifique allée, formée d'arbres énormes, venaient de franchir une grille immense, dont les globes électriques éclairaient la merveilleuse ferronnerie. Au-delà de la cour d'honneur, digne d'un palais royal, s'élevait une construction superbe, d'aspect majestueux et presque sévère. Une lumière intense et cependant très douce éclairait tout la façade, mais surtout le perron monumental, à double rampe, sur lequel attendaient plusieurs domestiques en livrée blanche à parements couleur d'émeraude.
Dans le vestibule, haut comme une église, dallé de marbre, décoré de tapisseries magnifiques, un personnage imposant, vêtu de noir, s'inclina devant le comtesse en disant:
—Son Excellence la prince Milcza m'a chargé de souhaiter la bienvenue à Votre Grâce et de l'informer qu'il viendra lui présenter ses hommages aussitôt le dîner terminé.