—Ah! merci, Vildy!… Montons vite, enfants, il ne faut pas nous retarder… Katalia, montrez sa chambre à Mademoiselle Elyanni.

Ces mots s'adressaient à une grande femme très correctement vêtue de soie noire. Sur son invitation, Myrtô la suivit au second étage, jusqu'à une chambre fort bien meublée, et pourvu d'un confortable ignoré par la jeune fille dans sa chambre de Neuilly.

Et pourtant, comme elle eût souhaité se trouver encore là-bas! Que serait-elle dans cette opulente demeure, sinon une quasi-étrangère, la cousine pauvre que l'on accepte et que l'on dédaigne?

Refoulant les larmes qui gonflaient ses paupières, elle se mit à genoux et réconforta son coeur par une ardente prière. Puis s'étant hâtée de se recoiffer et de changer sa robe de voyage, elle descendit un peu au hasard.

Un domestique lui indiqua la salle à manger, pièce fort élégante mais dont les dimensions relativement restreintes ne cadraient pas avec l'apparence du château.

Le dîner fut un peu vite expédié. La comtesse semblait nerveuse, et elle se leva sans avoir achevé son dessert lorsqu'un domestique vint la prévenir que "Son Excellence attendait dans le salon des Princesses".

—Allons, venez vite, enfants… Renat, arrange un peu ton col. Laisse cette crème, mon enfant, il ne faut pas faire attendre le prince. Myrtô, remontez chez vous, reposez-vous bien. Je vous présenterai un de ces jours, mais ce soir, il n'est pas nécessaire.

Elle s'en allait tout en parlant, suivie de ses enfants… Et Myrtô remonta dans sa chambre, étonnée au plus haut point de tant de correction et d'étiquette dans ces relations de mère à fils, de soeurs à frère… Décidément, mieux valait s'appeler Millon et s'aimer à la bonne franquette!… Et ce prince Milcza devait être quelque grand seigneur plein de morgue, qui considèrerait de bien haut Myrtô Elyanni, sa très humble parente.

CHAPITRE IV

Myrtô se réveilla le lendemain à son heure accoutumée—c'est-à-dire de fort bonne heure—et se leva rapidement, toute reposée de la légère fatigue du voyage et charmée à la vue du gai soleil qui entrait par les deux fenêtres.