Aussitôt habillée, elle alla vers l'une d'elles et l'ouvrit. Les jardins du château s'étendaient devant elle, admirablement dessinés. Mais quels singuliers jardins c'étaient donc! Aussi loin que sa vue s'étendît, Myrtô n'y voyait pas une fleur. Les corbeilles étaient formées de feuillages d'une variété de tons inouïe, de plantes vertes superbes et rares. Dans des bassins de marbre, l'eau s'irisait et se moirait sous les rayons d'or qui la frappaient.
—Pas de fleurs! murmura Myrtô avec tristesse.
Comme sa mère, elle aimait ces délicats chefs-d'oeuvre donnés par Dieu à l'homme pour charmer son regard… Et la vue de ces jardins sans fleurs faisait descendre en elle une singulière impression de mélancolie.
Une jeune femme de chambre en costume national vint lui apporter son déjeuner. Après avoir bu rapidement le chocolat mousseux, Myrtô descendit l'immense escalier, au bas duquel elle trouva un domestique à qui elle demanda le chemin de la chapelle. Il l'accompagna, à travers de larges corridors dallés de marbre, jusqu'à une porte de chêne sculpté qu'il ouvrit en s'inclinant respectueusement.
La chapelle avait dû faire partie de bâtiments antérieurs au château actuel, car elle semblait fort ancienne. Comme elle était assombrie par des vitraux foncés, Myrtô ne vit tout d'abord que l'autel, où un vieux prêtre à la longue barbe neigeuse commençait l'Introït.
Elle s'agenouilla au hasard sur un antique banc sculpté. Quelques serviteurs, seuls, assistaient au saint Sacrifice. Devant le choeur, une rangée de fauteuils et de prie-Dieu armoriés annonçait la place habituelle de la comtesse et de ses enfants. Tout à fait en avant, se voyaient deux autres sièges d'une somptuosité sévère, surmontés de la couronne princière.
La messe terminée, Myrtô fit le tour de la chapelle, elle admira les trésors artistiques dont les princes Milcza avaient orné le petit sanctuaire. Puis, après une dernière prière, elle sortit et se trouva dans une galerie immense qui précédait immédiatement la chapelle.
La paroi de gauche était garnie d'une succession d'admirables vitraux qui répandaient sur le dallage de marbre des traînées de pourpre, d'indigo et de jaune d'or. Celle de gauche se couvrait de tableaux religieux, oeuvres de maîtres, alternant avec d'anciennes tapisseries d'une valeur inestimable… En regardant ces merveilles qui charmaient son âme d'artiste, Myrtô atteignit ainsi l'extrémité de la galerie.
Par une porte de chêne largement ouverte, elle vit un perron de marbre rouge, que balayait un domestique en tenue de travail. Au-delà s'étendait la perspective des jardins et du parc.
Elle descendit dans l'intention de voir de près ces étranges jardins et de s'approcher des serres superbes dont le dôme étincelait là-bas entre les arbres. Peut-être les fleurs s'étaient-elles réfugiées là?