Mais Myrtô fut déçue. Derrière les vitres, elle n'aperçut que des plantes vertes, les plus rares, les plus magnifiques, et des feuillages de tous les tons, depuis le pourpre intense jusqu'au vert pâle argenté.

Malgré sa désillusion, Myrtô se sentait si bien mise en train par ce gai soleil et cette brise matinale si fraîche, qu'elle résolut de faire une toute petite exploration dans le parc. Elle se mit à marcher d'un pas vif et atteignit bientôt les grands vieux arbres magnifiques qui formaient une voûte majestueuse aux allées, grandes et petites, s'entrecroisant en tous sens.

Ce parc était superbe, il devait être interminable et renfermer mille coins charmants. Seulement, chose singulière, Myrtô n'y avait pas encore aperçu une fleur. Fallait-il donc penser que cette terre se refusait à en produire?

Ah! si, voilà qu'elle en découvrait une, blottie sous les feuilles, une petite jacinthe qui semblait toute honteuse de se trouver là. Sa vue épanouit le coeur de Myrtô, et la jeune fille, se penchant, la cueillit et la glissa à son corsage.

Il fallait maintenant songer à revenir, malgré l'attrait qui l'eût poussée toujours plus avant. La jeune fille prit une petite allée presque envahie par les arbustes croissant follement, en toute liberté. Une herbe fine et rare couvrait le sol, piqué de points d'or par le soleil lorsque celui-ci réussissait à percer l'amoncellement de feuillage qui formait une voûte idéalement fraîche.

Tout à coup, Myrtô se vit au bout de l'allée, devant une prairie immense entourée de futaies. Des aboiements retentirent, deux lévriers noirs bondirent vers la jeune fille. Surprise et effrayée, elle ne put retenir un léger cri…

—Ici Hadj, Lula! dit une voix brève.

Les chiens s'arrêtèrent, et Myrtô, tournant un peu la tête, vit à quelques pas d'elle un jeune homme de taille haute et svelte, en costume de cheval, qui se tenait appuyé à l'encolure d'un magnifique alezan doré, tout frémissant sur ses jambes nerveuses. Elle rencontra deux grands yeux sombres et irrités, et devant ce regard, elle souhaita soudain rentrer sous terre.

L'inconnu souleva son chapeau, d'un geste pleine de hauteur, et détourna la tête. Myrtô rentra précipitamment sous le couvert de l'allée, elle revint sur ses pas et prit, un peu au hasard, une direction qui se trouva heureusement être la bonne, car elle atteignit bientôt les jardins et vit devant elle la masse imposante du château, doré par le soleil qui faisait étinceler les vitres des innombrables fenêtres.

Au moment où Myrtô s'en approchait, le bruit d'un galop de cheval lui fit tourner la tête. L'inconnu de tout à l'heure arrivait, en droite ligne, faisant franchir à l'alezan les obstacles représentés par les corbeilles de feuillages et les bassins de marbre. Il était incomparable cavalier, d'une extrême élégance, absolument maître de la bête superbe et fougueuse qu'il montait.