A quelques mètres du grand perron, l'animal s'arrêta net. Le jeune homme sauta légèrement à terre, jeta les rênes à un des domestiques qui se précipitaient vers lui et gravit rapidement les degrés du perron.

Terka sortait à ce moment, une ombrelle à la main. L'inconnu s'arrêta près d'elle, lui tendit la main et lui dit quelques mots. Myrtô, qui n'osait plus avancer, voyait fort bien l'expression irritée de son visage—ce visage qui avait les traits de celui du jeune magnat de l'hôtel Milcza, mais qui différait d'expression, n'en ayant conservé, semblait-il, que la fierté altière.

Terka baissait les yeux, elle semblait fort mal à l'aide en répondant à son interlocuteur. Celui-ci pénétra dans le vestibule, et la jeune fille descendit lentement les degrés.

Elle aperçut Myrtô qui s'avançait enfin.

—Vous venez du parc, petite malheureuse? dit-elle d'un air légèrement agité.

—Mais oui… Ai-je commis en cela quelque chose de répréhensible? fit
Myrtô, inquiète.

—Au fait, personne ne vous avait prévenue, vous ne pouviez pas savoir… C'est l'heure de la promenade du prince, et il veut la faire absolument solitaire. La moindre rencontre lui déplaît. Les gens de par ici le savent et s'écartent de sa route dès qu'ils entendent le galop de son cheval.

—Je regrette de n'avoir pas été prévenue. J'ai commis sans le vouloir une indiscrétion qui a sans doute vivement contrarié le prince Milcza, si j'en juge par l'expression de sa physionomie lorsque je me suis trouvée tout à l'heure devant lui, dans le parc. J'ai eu un peu peur, je l'avoue, et j'ai fui comme une petite fille.

—Oh! vous n'êtes pas la seule! Quand le prince est contrarié, il sait le montrer de telle façon que l'on souhaiterait trouver un trou de souris pour s'y nicher… Enfin cette fois, j'espère qu'il ne vous en voudra pas trop. Je lui ai expliqué que vous aviez péché par ignorance, et il a paru accepter l'excuse. Pour plus de sûreté, vous pourrez lui exprimer vous-même vos regrets, la première fois que vous le verrez… Comment trouvez-vous ces jardins, Myrtô?

—Ils seraient superbes s'il y avait des fleurs, répondit franchement
Myrtô.