Terka jeta un coup d'oeil effaré vers le vestibule où avait disparu tout à l'heure le prince Milcza.

—Ne parlez jamais de fleurs devant lui! Il les hait, on n'en voit pas une ici. Ses gardes, pour lui faire leur cour, poussent le zèle jusqu'à pourchasser les pauvres petites malheureuses qui oseraient s'épanouir dans le parc. Mais je suis de votre avis, Myrtô, ajouta-t-elle à voix basse.

Elle ouvrit son ombrelle et s'éloigna vers les jardins, d'une allure nonchalante et un peu lasse. Myrtô rentra dans le château et réussit, non sans peine, à retrouver sa chambre. Il lui faudrait quelque temps avant de s'orienter dans cette immense demeure… et peut-être plus longtemps encore pour se faire à des habitudes si étrangères pour elle, et connaître toutes les singularités du seigneur de Voraczy.

Quel misanthrope était-il donc, si jeune encore? Une grande douleur, peut-être, avait fondu sur lui, et il n'avait pas su réagir chrétiennement, il s'enfonçait dans une orgueilleuse mélancolie…

Myrtô, tout en songeant ainsi, commençait à défaire sa malle. Une petite jacinthe tomba tout à coup sur les piles de linge…

—Oh! ma pauvre petite fleur! Heureusement, le prince Milcza ne t'a pas vue, sans doute. Je vais te conserver bien précieusement, puisque je ne pourrai pas avoir d'autres fleurs ici.

Elle entr'ouvrit son petit portefeuille et y posa la jacinthe, tout près du portrait de la chère disparue. Longuement, elle considéra le fin visage aux yeux très beaux, mais sans profondeur…

—Mère chérie, je voudrais tant être encore près de vous, dans notre humble petit logis! murmura-t-elle avec un sanglot.

* * * * *

Ce fut Terka qui assuma la tâche de faire visiter le château à Myrtô. Sa froideur n'avait pas l'apparence de fierté presque dédaigneuse que revêtait celle d'Irène; elle semblait faire partie inhérente de son caractère, alors que la cadette savait fort bien, selon les cas, se montrer aimable et empressée.