Myrtô vit donc en détail la magnifique demeure, elle admira en artiste, sans l'ombre d'envie, les merveilles qu'elle contenait. Elle contempla les reliures anciennes et sans prix des volumes contenus dans la bibliothèque, les peintures admirables ornant les plafonds des salons meublés avec un luxe inouï, les pièces d'orfèvrerie sans pareilles renfermées dans la salle des banquets, où avaient lieu autrefois de somptueuses agapes, ainsi que Terka l'apprit à Myrtô.
—Maintenant, elle ne sert plus, car le prince prend ses repas dans son appartement, avec son fils.
—C'est un très jeune enfant, n'est-ce pas?
—Oui, il a cinq ans, et il en paraît à peine trois. C'est un pauvre petit être chétif, dont l'intelligence est par contre très développée. Il est l'idole de son père, sa consolation.
—Je n'ai pas compris ce que m'a dit Renat; le jour de notre arrivée… que son frère n'était plus marié, et qu'il l'était tout de même? J'ai supposé qu'il voulait expliquer par là que le prince était veuf…
Terka, qui franchissait en ce moment la porte de la salle, tourna vers
Myrtô un visage assombri.
—Non, il n'est pas veuf, et l'enfant avait raison. Le prince Milcza est divorcé.
—Ah! murmura tristement Myrtô.
—Il a obtenu le divorce en France, où il résidait fréquemment, après je ne sais quelles formalités et des difficultés sans nombre. Elle aussi bien que lui était acharnée à le vouloir pour recouvrer sa liberté… Donc aux yeux de certains gens, il n'est plus marié, et pour nous, il l'est toujours. Mais nous ne parlons jamais de ces tristes choses, que nous n'avons pu empêcher… Oh! malheureusement non! dit Terka avec un soupir.
—Et il a gardé l'enfant?