—Oui! grâce à Dieu! S'il ne l'avait pas obtenu, je ne sais à quelles extrémités il se serait porté!… Pauvre Arpad, la foi est morte en lui! murmura mélancoliquement Terka.

Myrtô secoua la tête.

—La foi meurt-elle jamais complètement, Terka? Il me semble qu'il en reste dans toute âme une étincelle cachée, capable de jaillir un jour.

—Je ne sais… En tout cas, personne ici ne se risquerait à tenter chez lui cette résurrection morale.

—Oh! pourquoi donc? dit Myrtô avec surprise.

Terka ka regarda d'un air stupéfié.

—Pourquoi donc?… Il ne vous a donc pas suffi de le voir, l'autre jour, pour comprendre que jamais il ne supporterait un mot à ce sujet?… non, pas même de la part du Père Joaldy qui lui a pourtant fait faire sa première communion!… Oh! vous ne savez pas encore ce qu'il est, Myrtô, sans cela vous ne m'auriez pas adressé une pareille question!

—C'est que, dit doucement Myrtô, je ne comprends pas que l'on puisse vivre près d'une âme souffrante et séparée de Dieu sans essayer de la guérir et de la ramener à Lui.

—Une autre, peut-être… mais celle du prince Milcza, non! Vous vous en rendrez compte en le connaissant.

La fin de la visite du château ne causa plus à Myrtô le même plaisir. Elle regarda distraitement la salle des Magnats, où se voyait le fauteuil princier surélevé de plusieurs marches, la salle des Fêtes, le jardin d'hiver, toutes merveilles qui la laissaient maintenant singulièrement froide. Elle pensait au maître de ces magnificences, à cet être qui souffrait peut-être douloureusement, et d'autant plus que l'espérance divine avait quitté son coeur. Une pitié immense envahissait le coeur de Myrtô pour ce grand seigneur qui se trouvait ainsi plus pauvre, plus dénué qu'elle, l'humble orpheline obligée de gagner son pain.