Une forte femme brune, jeune encore, portant un riche costume national, apparaissait au seuil du salon. Elle tenait entre ses bras un enfant—un frêle petit être vêtu de blanc qui ne semblait pas avoir dépassé trois ans.
La comtesse se leva avec empressement et, s'avançant, prit l'enfant des mains de la servante. Terka, ses soeurs et Renat s'approchèrent, ils effleurèrent d'une caresse les cheveux noirs qui couvraient la tête du petit garçon, en ayant l'air d'accomplir ainsi quelque rite d'indispensable étiquette… Et la comtesse elle-même ne montrait pas plus d'expansion envers son petit-fils.
Karoly tourna vers son père ses yeux noirs trop grands, sa pâle petite figure souffrante et un peu maussade s'éclaira soudain, et il tendit les bras vers le prince… Celui-ci se leva, il vint vers l'enfant et le prit entre ses bras.
Son visage dur et sombre s'était soudain incroyablement adouci, ses yeux superbes s'imprégnaient d'une caressante tendresse en se posant sur le petit être blotti contre sa poitrine… Il ne semblait plus le même homme, il était vraiment bien en cet instant le jeune magnat du portrait vu par Myrtô.
Karoly, la tête penchée sur son épaule, contemplait son père avec une sorte d'adoration. Ses petits doigts maigres caressaient doucement la chevelure sombre, extraordinairement épaisse et bouclée, qui donnait à la physionomie du prince Milcza un caractère un peu étrange.
Le regard de l'enfant tomba tout à coup sur Myrtô qui était demeurée assise et le regardait avec un intérêt compatissant. Il la considéra un instant, puis étendit le doigt vers elle.
—Qui est-ce, papa?
Il avait une toute petite voix douce et chantante, qui s'alliait bien à sa frêle apparence.
—Va le lui demander, mon petit chéri, répondit le prince Milcza.
Il le mit à terre, et l'enfant fit quelques pas vers Myrtô.