Comme il était petit et délicat!… Le coeur de Myrtô se serra de pitié. Elle se leva et, se penchant vers Karoly, le prit entre ses bras.
—Je m'appelle Myrtô Elyanni, et je viens de France, dit-elle en enveloppant l'enfant du doux rayonnement de ses prunelles veloutées.
—Myrtô… Myrtô… répéta Karoly en passant sa petite main sur celle de la jeune fille. C'est joli… et vous resterez ici?
—Mais je le pense.
—Je suis content… Je veux rester avec vous aujourd'hui.
Et, d'un geste confiant, l'enfant passait ses bras autour du cou de
Myrtô.
—Voilà une sympathie spontanée dont Karoly n'est pas coutumier, dit le prince qui suivait cette scène d'un regard énigmatique. Vous devez aimer beaucoup les enfants, Mademoiselle, et celui-ci en aura eu l'intuition?
—En effet, prince, je suis très attachée à ces chers petits êtres, et j'en ai l'habitude, car je m'occupais beaucoup, à Neuilly, d'un patronage voisin de notre logis.
—Vous pouvez vous retirer, Marsa, dit le prince en s'adressant à la servante demeurée près de la porte. Servez-nous promptement le thé, Terka. Vous êtes d'une lenteur désespérante, aujourd'hui.
Il s'assit de nouveau, tandis que Myrtô reprenait sa place en gardant Karoly sur ses genoux. L'enfant se blottissait contre elle et demeurait silencieux, mais son regard ne quittait pas son père dont les yeux, chaque fois qu'ils rencontraient ceux de Karoly, prenaient cette expression de caressante douceur qui contrastait tellement avec leur habituelle dureté, dont la voix si brève, si froidement impérieuse, avait des intonations incroyablement tendres en s'adressant à l'enfant.