Le prince parlait fort peu, d'ailleurs, et le salon de la comtesse Zolanyi avait perdu ce soir sa physionomie accoutumée, alors qu'Irène et Renat l'animaient de leur vivacité et de leur bavardage. La comtesse elle-même, qui aimait fort à causer d'ordinaire, semblait avoir peine à trouver quelques sujets de conversation, bien vite épuisés par le laconisme de son fils.

Le maître d'hôtel apporta pour Karoly du lait dans un petit pot ciselé qui était une pure merveille. L'enfant voulut que Myrtô elle-même le lui versât dans une tasse, et qu'elle soutînt celle-ci tandis qu'il buvait lentement.

—Vous venez d'obtenir un excellent résultat, Mademoiselle, dit le prince d'un ton satisfait. Depuis quelques jours, Karoly ne voulait plus prendre son lait, et je n'osais le forcer, craignant qu'il n'en résultât plus de mal que de bien. Mais ce jeune capricieux se décide aujourd'hui… en votre honneur, probablement.

—Je l'aime bien, papa, dit la petite voix de Karoly.

—Vous pouvez être fière, Myrtô, les sympathies de Karoly ne sont jamais si promptes, d'ordinaire, dit en souriant la comtesse Gisèle.

—Cela n'a pas d'inconvénient maintenant. Je saurai lui apprendre plus tard la défiance, répliqua le prince d'un ton dur qui impressionna singulièrement Myrtô.

Il se leva et sortit sur la terrasse. Ayant allumé un cigare, il se mit à fumer en marchant de long en large.

Irène et Renat osèrent alors remuer un peu et commencèrent à parler d'une voix assourdie. Mais leur mère mit bientôt un doigt sur sa bouche en indiquant Karoly du regard. L'enfant s'endormait dans les bras de Myrtô.

Le prince Milcza rentra doucement, il s'assit et se mit à lire jusqu'au moment où Karoly se réveilla. Il se retira alors, emportant l'enfant un peu ensommeillé encore, et qui répétait en adressant à Myrtô de petits signes de main:

—Je vous aime, Myrtô. Vous viendrez vous amuser avec moi, vous me direz des histoires. J'aime beaucoup les histoires…