Lorsque la porte se fut refermée sur le prince, le silence régna encore un moment dans le salon. Puis Renat se leva, s'étira brusquement et s'élança au dehors en murmurant:

—Je n'en peux plus!

Irène sortit un mouchoir de batiste et l'appuya contre son front en disant d'une voix dolente:

—J'ai une atroce migraine! C'est une chose horriblement fatigante d'avoir à se surveiller ainsi, quand on sait qu'un mot, un simple mouvement peut être l'objet de critiques sévères… et injustes.

—Irène! dit la comtesse avec un coup d'oeil plein d'effroi vers la porte.

—Voyons, maman, vous n'allez pas supposer que le prince Milcza écoute au trou de la serrure! répliqua la jeune fille avec un petit rire ironique.

—Mais un domestique peut entendre, mon enfant!… Et si jamais un mot pareil arrivait à ses oreilles!… Tu ne veilles pas assez sur tes paroles, Irène.

—C'est quelquefois plus fort que moi, maman. J'ai des moments de révolte, voyez-vous… Allons, je vais imiter Renat en faisant un petit tour dans le parc pour me calmer les nerfs… Vous aussi, Myrtô? dit-elle en voyant la jeune fille se lever.

—Non, je vais faire une prière à la chapelle, Irène.

Une petite lueur ironique et quelque peu méchante passa dans le regard d'Irène. Elle sortit en même temps que Myrtô, et, dans le corridor, posa une seconde sa main sur le bras de sa cousine.