—Maman! murmura Myrtô.
Les yeux bleus de la malade enveloppèrent la jeune fille d'un regard navré.
—Il faut bien nous faire à cette pensée, enfant… J'ai donc compris que je n'ai pas été pour toi une bonne mère…
—Maman! redit encore Myrtô avec un geste de protestation.
—Si, ma chérie, c'est la vérité. Je t'ai beaucoup aimée, c'est vrai, mais autrement, je n'ai rempli aucun des devoirs maternels. J'ai laissé à ta petite âme courageuse toutes les responsabilités, tous les soucis, je n'ai su que m'enfermer dans mon chagrin et dépenser égoïstement tout notre petit revenu, au lieu de songer à économiser pour toi.
—C'était juste, maman, c'était bien ainsi! Moi je suis jeune, je travaillerai…
—Tu travailleras!… Pauvre mignonne aimée! que pourrais-tu faire! La concurrence est énorme… et d'ailleurs tu ne peux vivre seule, Myrtô. Il te faut l'abri d'un foyer, la sécurité au milieu d'une famille sérieuse… j'ai donc songé à ma cousine Gisèle. Tu sais que, seule de toute ma famille, elle a continué à se tenir en rapports avec moi, par quelques mots sur une carte au 1er janvier, par des lettres de faire-part. Elle avait épousé, trois ans avant mon mariage, le prince Sigismond Milcza. Un fils est né de cette union. Elle m'apprit quelques années plus tard son veuvage, puis son second mariage, la naissance de quatre enfants, et enfin un nouveau veuvage. Nous nous aimions beaucoup, et j'ai songé qu'en souvenir de moi elle accepterait peut-être de t'accueillir.
Myrtô se redressa vivement.
—Maman, voulez-vous que j'aille mendier la protection et l'hospitalité de ces parents qui n'ont pas voulu accepter mon cher père?
—Oh! les autres, non! Mais Gisèle n'a jamais cessé de me considérer comme de la famille.