—Cependant, maman, il ne me paraît pas admissible que je sois à la charge de la comtesse Zolanyi! dit vivement Myrtô.

—Non, mais elle doit avoir des relations étendues et très hautes, car les Gisza, les Zolanyi, les Milcza surtout sont de la première noblesse magyare. Ces derniers sont de race royale, et leur fortune est incalculable. Gisèle pourra donc, mieux que personne, t'aider à trouver une position sûre, elle sera pour toi une protection, un conseil… Et je voudrais que tu lui écrives de ma part, afin que je te confie à elle.

—Ce que vous voudrez, mère chérie! murmura Myrtô en baisant la jolie main amaigrie posée sur le couvre-pied de soie blanche un peu jaunie.

Sous la dictée de sa mère, elle écrivit un simple et pathétique appel à cette parente inconnue d'elle. A grand'peine, Mme Elyanni parvint à y apposer sa signature… Myrtô demanda:

—Où dois-je adresser cette lettre?

—Depuis son second veuvage, Gisèle m'a donné son adresse au palais Milcza, à Vienne. Je suppose qu'après la mort du comte Zolanyi, elle a dû aller vivre près de son fils aîné, qui n'est peut-être pas marié encore. Envoie la lettre à cette adresse. Si Gisèle ne s'y trouve pas, on fera suivre.

Myrtô, d'une main qui tremblait un peu, mit la suscription, apposa le timbre, et se leva en disant:

—Je vais la porter chez les dames Millon. L'une ou l'autre aura certainement occasion de sortir ce matin et de la mettre à la poste.

Les dames Million occupaient un logement sur le même palier que Mme Elyanni. La mère étai veuve d'un employé de chemin de fer, la fille travaillait en chambre pour un magasin de fleurs artificielles. C'étaient d'honnêtes et bonnes créatures, serviables et discrètes, qui admiraient Myrtô et auraient tout fait pour lui procurer le moindre plaisir. Isolée comme l'était la jeune fille, Mme Elyanni n'ayant jamais voulu nouer de relations, elle avait trouvé plusieurs fois une aide matérielle ou morale près de ses voisines, et elle leur en gardait une reconnaissance qui se traduisait par des mots charmants et de délicates attentions, Myrtô n'étant pas de ces coeurs vaniteux et étroits qui considèrent avant toute chose la situation sociale et le plus ou moins de distinction du prochain.

La porte lui fut ouverte par Mlle Albertine, grande et belle fille brune, au teint pâle et au regard très doux.