—Chassé!… Ah! le misérable enfant! Il sera notre perte, notre déshonneur!

—Coquin! gronda le père en étendant le poing vers l'enfant. Tu n'avais qu'à obéir… tu n'avais que cela à faire, entends-tu, scélérat?

Et il s'avança vers Miklos, la main levée.

Mais Myrtô se plaça résolument devant le petit garçon.

—Non, je ne veux pas que vous le frappiez! dit-elle en posant sur l'ispan son beau regard sévère. Il ne le mérite pas, ce qui est arrivé est surtout de ma faute… Promettez-moi de ne pas le battre?

—Ah! non, par exemple! Il en aura aujourd'hui, et demain, et plus tard encore!… Heureux encore si ce misérable ne me fait pas encourir la disgrâce de Son Excellence! Alors, si je perds ma place, que deviendrons-nous avec nos cinq enfants?

Devant cet homme irrité, Myrtô ne se découragea pas. Elle discuta, supplia, et sa douce éloquence, ses raisonnements firent peu à peu tomber la colère de l'ispan et de sa femme.

—Je vous promets de ne pas le punir pour cette fois, Mademoiselle, dit le père en jetant un regard encore plein de rancune vers le pauvre Miklos tout apeuré. Mais vous me faites faire là une chose… oui, une chose ridicule! C'est de la faiblesse, tout simplement!

—Certes! ajouta sa femme. Seulement, c'est curieux, on ne peut pas résister à Votre Grâce. Si elle voulait intercéder pour Miklos près du petit prince?

—J'essayerai, en tout cas. Il n'y a en effet que l'enfant qui puisse, peut-être, fléchir le prince Milcza.