Mais en elle-même Myrtô pensait: "Le reverrai-je seulement, pauvre petit Karoly?"
Elle prit congé des Buhocz et de Miklos qui lui baisait les mains avec une ferveur reconnaissante. D'un pas un peu las, elle reprit le chemin du château… En traversant les jardins, des sons d'orgue, venant de l'appartement du prince Milcza, arrivèrent à ses oreilles. C'était une harmonie tourmentée, sombre et magnifique pourtant…
Quel artiste faisait ainsi vibrer l'instrument? Lui, sans doute… lui, cet être au coeur endurci, à l'âme impitoyable. Parce que cet homme avait souffert—dans son coeur ou dans son orgueil?—fallait-il qu'il immolât tous ceux qui l'entouraient à son ressentiment farouche?
Et, l'indignation montant de nouveau en elle, Myrtô secoua résolument la tête en murmurant:
—Non, je ne regrette rien! Il verra au moins que tous ne courbent pas le front devant ses injustices.
CHAPITRE VIII
Myrtô, le lendemain, prolongea après la messe sa station à la chapelle. Elle avait besoin de prendre, dans la prière, une réserve de force et de confiance, pour l'avenir qui se présentait maintenant si angoissant.
Au moment où elle s'apprêtait à se retirer, elle vit, en tournant la tête, la femme de chambre de la comtesse Gisèle.
—Que voulez-vous, Constance? murmura-t-elle.
—Madame la comtesse prie Mademoiselle de venir lui parler.