Myrtô s'inclina devant l'autel et gagna le premier étage… Dans sa chambre, la comtesse, encore au lit, causait d'un air animé avec sa fille cadette assise près d'elle.
—Arrivez, petite malheureuse! s'écria-t-elle à la vue de Myrtô. Qu'est-ce que cette histoire colportée à l'office par Marsa, et suivant laquelle vous auriez adressé des reproches au prince Milcza, à propos de Miklos?…
—C'est la vérité, ma cousine, répondit fermement Myrtô.
—Vous avez osé!… Mais c'est inouï!… Et pour un pareil motif!
Etiez-vous folle, voyons?
—Mais aucunement. J'ai vu là mon devoir, je l'ai accompli…
Maintenant, il en sera ce que Dieu voudra, dit Myrtô avec calme.
La comtesse leva les bras au plafond.
—C'est-à-dire que mon fils va m'obliger à ne plus m'occuper de vous, qu'il vous faudra quitter Voraczy!… Franchement, Myrtô, je ne sais comment qualifier votre acte! Dans votre position, vous deviez, plus que tout autre, faire taire votre amour-propre, votre susceptibilité…
—Il ne s'agit pas de susceptibilité, ma cousine! Mais il m'était impossible de voir traiter cet enfant avec une telle dureté, un pareil dédain, sans protester pour le défendre!
Irène eut un petit ricanement ironique.
—Quelle amazone vous faites! Si vous étiez un homme, je vous vois fort bien en chevalier partant en guerre pour défendre le faible et l'opprimé contre un impitoyable tyran. En la circonstance, celui-ci était représenté par le prince Milcza. Mais c'est vous qui perdez la victoire, intrépide chevalier! Vous vous êtes, présomptueusement, attaquée à plus fort que vous.