—Je le sais, et je suis prête à en subir les conséquences, répondit froidement Myrtô.
—Oh! vous êtes vraiment bien avancée! s'écria la comtesse avec irritation. Et je me trouve responsable vis-à-vis de mon fils, puisque c'est moi qui vous ai amenée ici!
Le coeur de Myrtô se serra. N'aurait-on pas cru, vraiment, qu'elle venait de commettre quelque impardonnable faute?… Les larmes remplissaient ses yeux, et elle sortit un peu précipitamment, ne voulant pas les laisser voir au regard malveillant d'Irène.
—Aurais-je cru que cette enfant me donnerait tant d'ennuis! gémit la comtesse. Elle semblait si douce, si soumise!
—Oh! pas tant que cela, maman! Je l'ai toujours devinée très fière, très énergique pour tout ce qu'elle considère comme un devoir… Et ce mot "devoir" renferme, pour elle, des scrupules parfois exagérés, ou des audaces incroyables—nous en avons la preuve aujourd'hui.
—Enfin, elle me met dans de cruels embarras. Je me demande de quelle façon Arpad va prendre tout cela!
—Ce sera un moment à passer, maman. Arpad comprendra que vous ne pouviez bien connaître le véritable caractère de cette presque étrangère… Et je dois vous avouer que cet incident, fort ennuyeux au premier abord, me paraît excellent pour nous.
—Que veux-tu dire, Irène?
—N'avez-vous pas pensé, maman, que cette affection croissante de Karoly pour Myrtô était des plus inquiétantes? L'enfant n'aurait certainement pas voulu se séparer d'elle pendant l'hiver, et, Myrtô ne pouvant demeurer seule ici, le prince nous aurait obligées à y rester avec elle… Un hiver à Voraczy, dans la solitude complète, y pensez-vous, maman?
—C'est vrai, Irène, dit la comtesse avec consternation.