Elle enfonça un instant la tête dans son oreiller et reprit d'un hésitant, un peu ému:
—C'est égal, je suis ennuyée pour cette enfant, que m'a recommandée sa mère, et qui est vraiment tout à fait sympathique.
Irène eut un léger mouvement d'épaules.
—Que voulez-vous, maman, ce n'est ni votre faute, ni la mienne, mais la sienne uniquement! Maintenant, le mal est fait, nous n'y pouvons rien, toutes nos demandes réunies ne pèseraient pas un fétu contre la décision du prince Milcza.
—Malheureusement, non! soupira la comtesse.
Pendant ce temps, Myrtô, rentrée dans sa chambre, pleurait silencieusement. La froide ironie d'Irène, l'irritation et les reproches de la comtesse lui avaient nettement montré qu'elle n'avait à attendre de ses parentes ni soutien moral, ni affection véritable. Elle était bien seule sur la terre… en apparence seulement, car elle possédait Celui qui n'abandonne jamais ses créatures, le Dieu d'amour qui a dit: "Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles."
Allons, il fallait maintenant chercher une autre voie! Tout à l'heure, elle ferait demander au Père Joaldy s'il pouvait la recevoir. Le bon prêtre lui donnerait certainement d'utiles conseils, il saurait guider sa pauvre petite brebis un peu désemparée…
Un coup léger fut frappé à la porte… C'était Thylda, la jeune femme de chambre hongroise attachée au service de Fraulein Rosa et de Myrtô.
—Marsa fait prévenir Votre Grâce que le prince Karoly l'attend avec impatience et s'agite beaucoup en ne la voyant pas venir.
Myrtô eut un léger sursaut de stupeur… Marsa n'agissait évidemment que par ordre. Fallait-il penser que le prince Milcza considérait comme non avenu l'incident de la veille?