Le fait paraissait si invraisemblable, étant donné ce qui avait été dit à Myrtô et ce qu'elle avait observé elle-même de la nature du jeune magnat, qu'elle demeura un moment indécise, se demandant si elle devait se rendre à l'appel de l'enfant.

Elle s'y décida enfin, et, ayant quitté sa robe noire, elle prit le chemin du temple grec.

Karoly l'accueillit avec des transports de joie. Son petit visage plus pâle, plus fatigué qu'à l'ordinaire, rayonnait de bonheur.

—Oh! ma Myrtô, j'ai cru que nous vouliez pas venir!… Et j'ai tant pleuré cette nuit, parce que papa était si fâché hier après vous! Il m'avait dit que c'était fini, que je ne vous verrais plus… Cela m'a fait tant de chagrin que j'ai eu la fièvre très fort, et papa a permis alors que vous reveniez, tous les jours, mais jusqu'à quatre heures seulement.

Jusqu'à quatre heures… c'est-à-dire un peu avant qu'il ne vînt lui-même près de l'enfant. Pour son fils malade, il consentait à passer outre sur son ressentiment, mais non au point de se retrouver avec Myrtô.

Elle en éprouva un profond soulagement. Après la scène de la veille, une rencontre entre eux n'aurait pu être qu'excessivement désagréable.

La comtesse et ses filles, quand Myrtô leur apprit à déjeuner la nouvelle, jetèrent des exclamations de surprise.

—Vous avez de la chance, Myrtô! dit Irène d'un ton acerbe. Si Karoly ne vous avait en si grande affection, au point de tomber malade en entendant parler de ne plus vous voir, vous n'en auriez pas été quitte à si bon compte… Mais j'avoue que je suis terriblement inquiète pour notre hiver, ajouta-t-elle en se tournant vers sa mère et sa soeur.

Ces dernières inclinèrent la tête d'un air soucieux, et Terka murmura:

—Nous n'y pouvons rien, Irène.