Le Père Joaldy était venu partager la veille douloureuse. Assis près de Myrtô, il priait, comme la jeune fille, de toute son âme, moins encore pour l'enfant que pour le père, dont la physionomie portait les marques d'un désespoir d'autant plus effrayant qu'il était contenu.

La comtesse Zolanyi, essayant de surmonter sa terreur de l'épidémie, était apparue un instant à la porte de la chambre. Mais en la voyant livide, toute tremblante, Myrtô s'était levée précipitamment en murmurant:

—Oh! n'entrez pas, ma cousine, je vous en prie! Si vous craignez, il n'est aucune disposition plus favorable pour la contagion… Et vous devez vous conserver pour vos enfants.

—Mais Karoly… Je suis sa grand'mère… avait-elle balbutié en jetant sur le petit visage méconnaissable un regard plein d'effroi.

—Hélas! que pouvez-vous pour le pauvre petit ange! avait répliqué le Père Joaldy. Mademoiselle Myrtô a raison, ne vous exposez pas, à cause de vos enfants.

La comtesse s'était retirée, après avoir jeté un coup d'oeil anxieux vers son fils. Mais celui-ci ne paraissait même pas s'être aperçu de sa présence. Depuis l'instant où il avait compris que Karoly était irrévocablement perdu, il semblait ne plus voir et ne plus entendre.

Le jour se levait, rayonnant. Le soleil frappait les vitres de la grande chambre blanche où se mourait le petit prince. Un de ses premiers rayons glissa sur le visage pâle, désolé de Myrtô, puis sur la figure défigurée de Karoly…

L'enfant ouvrit les yeux, son regard, déjà voilé, se posa sur Myrtô, ses petits bras essayèrent de se tendre vers elle…

—Myrtô… emb…rassez…

Elle devina plutôt qu'elle ne comprit les mots qui s'échappaient de cette gorge haletante. Elle se pencha, ses lèvres se posèrent sur le visage couvert des marques affreuses de la terrible maladie…