Devant l'acte sublime de cette enfant qui offrait ainsi sa jeunesse et sa beauté radieuse à ce contact mortel, le prince Milcza sortit soudain de sa torpeur farouche. Il étendit la main pour repousser Myrtô…

—Pas vous!… non, pas cela! dit-il d'une voix étouffée.

—Oh! lui refuser cette satisfaction!… Y pensez-vous! s'écria-t-elle avec un geste de protestation.

Il détourna la tête et s'absorba de nouveau dans la contemplation de son fils… Le docteur était entré doucement, il se tint debout un peu en arrière de Myrtô, en attachant sur le prince Arpad un regard navré.

L'enfant eut tout à coup une brève convulsion, ses mains se levèrent, ses lèvres murmurèrent:

—Papa… Myrtô…

Le prince se pencha sur son fils, il appuya ses lèvres sur le front de l'enfant… Et Karoly rendit le dernier soupir sous la baiser passionné de son père.

CHAPITRE X

Le prince Milcza ensevelit lui-même son fils, sans vouloir accepter d'autre aide que celle de Myrtô. Le petit prince, à cause de la contagion, ne pouvait être exposé dans la grande galerie de la chapelle, comme l'avaient été avant lui tous les Milcza. Il demeura donc dans sa grande chambre blanche, entouré de lumière, sa tête reposant sur un coussin de velours blanc, ses petites mains jointes sur une croix d'argent.

Cette croix était celle qui avait reçu le dernier soupir de Madame Elyanni. Myrtô, une fois l'ensevelissement terminé, avait jeté autour d'elle un coup d'oeil pour chercher un crucifix. Mais elle n'avait vu qu'une statue de la Vierge, une petite merveille d'ivoire. Alors, sans hésiter, elle avait sorti de son corsage le cher souvenir et l'avait mis entre les petites mains que les doigts frémissants du prince Milcza venaient de joindre.