—Regarde-moi, Myrtô!

Les yeux bleus de la mère se plongèrent dans les admirables prunelles noires, veloutées, rayonnantes d'une pure clarté intérieure. Toute l'âme énergique, ardente, virginale de Myrtô était là… Et Madame Elyanni murmura doucement:

—Que je les voie encore, tes yeux, tes beaux yeux!… Myrtô, ma lumière!

—Maman, ne parlez pas ainsi! supplia la jeune fille. Il n'y a qu'une vraie lumière, c'est Dieu, et il ne faut pas…

—Oui. Il est la lumière, mais cette lumière incréée se communique aux âmes pures, et celles-ci la répandent autour d'elles… Ne t'étonne pas de m'entendre parler ainsi, mon enfant. Depuis hier, ta pauvre mère a bien réfléchi, elle a compris ce que tu avais été pour elle, ce que Dieu lui avait donné en lui accordant une fille telle que toi, et comment il lui aurait été impossible de vivre sans l'ange qu'elle a sans cesse trouvé à ses côtés. Je te bénis, Myrtô, mon amour, je te bénis de toute la force de mon coeur!

Sas mains se posèrent sur la chevelure blonde. Myrtô, sanglotante, s'était laissé tomber à genoux…

—Ne pleure pas, chérie. Pense que je vais retrouver mon cher
Christos. Tous deux, de là-haut nous veillerons sur toi…

Elle s'interrompit, à bout de forces, en laissant retomber ses mains que Myrtô pressa sur ses lèvres… Et elles demeurèrent ainsi, immobiles, savourant la douloureuse jouissance de ces dernières heures.

CHAPITRE II

Enveloppée dans ses crêpes, un peu courbée sous son long châle noir, Myrtô marchait comme en un rêve, entre les dames Millon. Elle revenait vers le logis vide d'où était partie tout à l'heure la dépouille mortelle de Madame Elyanni.