—Maintenant, je pourrai rentrer seule. Je vous remercie, prince.
—Prince! dit-il d'un ton de reproche. Ne voulez-vous pas me traiter en cousin, Myrtô? Il est vrai que, jusqu'ici, le triste misanthrope que je suis n'avait pas revendiqué les privilèges de ce lien de parenté. Mais celui-ci se trouve renforcé maintenant par l'admirable dévouement dont vous avez entouré mon enfant… Et vous me montreriez ainsi que vous m'avez bien pardonné cette épouvantable seconde de folie qui sera un des plus douloureux souvenirs de ma vie.
—Oh! n'y songez plus, je vous en prie!… Et je suis si heureuse que Dieu, dans sa miséricorde, m'ait permis d'arriver à ce terrible instant!… Oh! non, rassurez-vous, je ne vous en veux pas, mon cousin!
D'un geste timide, elle lui tendait la main.
—Merci, Myrtô!
Il se courba, effleura de ses lèvres les petits doigts de la jeune fille et s'éloigna lentement, non sans se retourner plusieurs fois pour s'assurer, sans soute, qu'elle n'avait plus besoin de son aide.
Elle regagna assez facilement sa chambre. Mais en y arrivant, elle fut prise d'une défaillance, et n'eut que le temps de se laisser tomber sur un fauteuil. Ce fut là que Thylda la trouva deux heures plus tard, en venant faire la chambre… Et la jeune servante descendit précipitamment, répandant le bruit que Mademoiselle Myrtô était atteinte de la maladie qui avait emporté le petit prince.
CHAPITRE XI
Les terreurs de Thylda ne se trouvèrent heureusement pas fondées. Le docteur Hedaï ne découvrit aucun symptôme inquiétant, Myrtô n'avait qu'une fièvre nerveuse, due à la fatigue et aux émotions de ces quelques jours.
Katalia arriva aussitôt et apprit à la malade que Son Excellence l'avait fait appeler, et lui avait donné l'ordre d'abandonner toutes occupations afin de s'occuper exclusivement à soigner la jeune fille… Et elle s'y employa aussitôt avec un zèle, un empressement discret et respectueux qui témoignaient de l'étendue et de la sévère précision des instructions princières. Jusqu'ici la femme de charge, bien que toujours correcte, avait paru, de même que toute la domesticité, d'ailleurs, considérer Myrtô comme une quantité assez négligeable. Mais cette brève entrevue avec son maître semblait avoir complètement modifié sur ce point les idées de Katalia.