Pendant les huit jours que Myrtô demeura au lit ou à la chambre, le docteur vint la voir matin et soir. Au bout de trois jours, se sentant légèrement mieux, elle lui dit:

—Vraiment, docteur, il est bien inutile de vous déranger ainsi! Je ne suis pas malade au point que vous veniez deux fois par jour…

—Ordre du prince Milcza, Mademoiselle! répondit le vieux médecin. Et en sortant d'ici, je dois aller chaque fois lui donner de vos nouvelles… Franchement, il ne peut pas faire moins pour celle qui a risqué si gros près de son fils.

—Comme vous exagérez, docteur! dit-elle en prenant un petit air fâché.

—C'est bon, c'est bon, je sais très bien ce que je dis, Mademoiselle Myrtô!… Et, fort heureusement, le prince Milcza n'est pas homme à oublier ce qu'il doit.

La comtesse Zolanyi et Terka, une fois bien certaines qu'il n'y avait rien à craindre de la terrible maladie, montèrent plusieurs fois pour voir Myrtô et passer près d'elle quelques instants. Renat et Mitzi voulurent aussi les accompagner, mais Irène s'en abstint, prétextant qu'elle n'était pas sûre du tout qu'il n'y eût encore de danger de contagion, en réalité peu soucieuse de donner un témoignage de sympathie à cette cousine dont elle jalousait la beauté et le charme irrésistible, et qui venait, par son dévouement au chevet du petit prince, d'acquérir une auréole de plus.

Le Père Joaldy vint aussi visiter la malade. Il lui apporta un jour un écrin de cuir blanc, et, quand il l'eut ouvert, Myrtô vit l'admirable petite statue de la vierge qui se trouvait dans la chambre de Karoly.

—Le prince Milcza voudrait que vous l'acceptiez en souvenir de son fils, expliqua l'aumônier.

—Oh! j'en serai bien heureuse!… Vous remercierez le prince pour moi, mon Père, dit Myrtô avec émotion.

Et maintenant, chaque fois que son regard rencontrait la statue d'ivoire, elle avait un souvenir pour l'enfant et une prière pour le père.