Et Abba-Melchisedech, prosterné, se frappa le front contre terre à ces accents candides, et se releva en disant :

— Pardonnez-moi, Seigneur !

Mais le démon était en lui, et il réfléchissait aux moyens de vaincre la résistance de Dourounèche. Et, comme à partir de ce moment elle le fuyait, il résolut de se rendre chez son père et de se plaindre à lui.

Et, en effet, il se couvrit la tête du blanc turban de mousseline aux mille replis, insigne respecté de ses fonctions sacerdotales. Il se drapa dans son quârri, se chaussa de ses sandales, et un long bâton à la main, pour soutenir son corps affaibli par l’âge, se dirigea vers le village de Tisamma. Il l’atteignit à l’heure où le jour sur son déclin ramène les travailleurs des champs et les troupeaux de la montagne.

Le chef était assis au seuil de sa demeure, rendant la justice aux siens, entouré de ses serviteurs. Il l’aborda avec ces mots :

— Que la miséricorde du Très-Haut descende sur ta maison.

Puis il prit place à ses côtés, et un esclave vint lui laver les pieds, pendant qu’un autre lui versait de l’hydromel. Et quand le jugement eut été prononcé, que le breuvage eut circulé à la ronde dans les grands vases en corne de buffle, Tisamma, se tournant alors vers le prêtre, le salua derechef et lui dit :

— Quel heureux motif, ô mon père, t’amène sous mon toit ? Sois-y le bienvenu.

Abba-Melchisedech répondit quelques paroles à demi-voix. Tisamma fit un signe, et les serviteurs s’éloignèrent.

— Dourounèche, reprit le vieillard, est devenue, par mes leçons, une fille instruite et pieuse, et elle a grandi, sous l’œil de Dieu, en grâce et en beauté. Mais voilà que la main du vieux prêtre est désormais trop débile pour la guider dans les sentiers dangereux où elle s’engage…