L’un d’eux vint à la source qui murmurait au pied de l’arbre de Dourounèche. Et en se baissant pour y puiser, il entrevit tout à coup, réfléchie par le cristal liquide, la figure d’une femme incomparablement belle. Et, poussant un cri, il courut, tout effrayé, rapporter en hâte cette apparition à son maître.

Celui-ci envoie aussitôt son écuyer s’assurer du fait. Et l’écuyer, en se baissant comme le premier, entrevit tout à coup, réfléchie par le cristal liquide, la figure d’une femme incomparablement belle. Et, poussant un cri, il courut, tout effrayé, confirmer en hâte cette apparition à son maître.

Et à son tour, le jeune prince voulut juger par lui-même. Il vint à la source, et se pencha. Mais il n’eut pas plutôt entrevu l’image, lui, qu’il releva la tête, et, regardant de tous côtés, découvrit, à travers les feuilles de l’arbre, un visage d’une beauté idéale. Et sur-le-champ il sentit son cœur embrasé d’une flamme irrésistible.

— O ravissante inconnue, s’écria-t-il dans un élan d’admiration enthousiaste, n’es-tu en réalité qu’une fille de la terre, ou ne serais-tu pas plutôt une habitante des cieux ?

— Je ne suis qu’une femme, répondit une voix harmonieuse, et je m’appelle Dourounèche.

— O Dourounèche, la bien nommée, descends, je t’en conjure, et viens dans ma tente goûter, sous la sauvegarde de mon respect, un sommeil paisible qui te fuirait là-haut.

Et plus légère qu’une gazelle, la belle enfant, persuadée, s’élança et vint tomber près du prince, qui la reçut dans ses bras.

Il l’emporta en courant ; et la déposant doucement sur le tapis de peaux de chèvres blanches, il fit tendre au-dessus d’elle, soutenue par les fers de quatre lances, une grande toile pour l’abriter contre la rosée du soir. Et, tout auprès, il amoncela des piles de coussins du coton le plus soyeux, afin qu’elle pût y appuyer sa tête et son beau corps, tandis que les serviteurs lui présentaient à l’envi des jattes d’un lait écumeux, des corbeilles remplies d’un miel parfumé, et des gâteaux du tief[8] le mieux choisi.

[8] Espèce de blé d’Abyssinie.

Et le jeune prince, couché à ses pieds, la regardait manger, et il admirait les contours délicats de son visage, plus doré que le dernier rayon du soleil couchant, et son grand œil noir humide comme la fleur de l’agamé[9], après une pluie d’orage, et ses dents pressées dans sa bouche gracieuse, telles que les petits de la tourterelle blanche sous l’aile de leur mère, et sa noire chevelure, plus longue et plus fournie que la crinière flottante d’une cavale indomptée des Gallas. Et, en pensée, il admirait encore les trésors de grâce et de beauté dont ses regards audacieux ne pouvaient pénétrer le mystère, mais que les plis du quârri révélaient discrètement. Et plus loin, l’écuyer admirait aussi, et les serviteurs pareillement.