[9] Variété de jasmin propre à l’Abyssinie.
Lorsqu’elle eut terminé, elle lui jeta un sourire, et, lui baisant les mains, murmura le remercîment en usage chez les Chohos, qu’elle avait fréquemment entendu :
— Puisse le Dieu tout-puissant te le rendre ! Qu’il t’accorde toujours l’eau et le lait !
Puis, comme elle était fatiguée, elle s’étendit doucement et s’endormit. Et le jeune prince, respectant son sommeil, s’éloigna, recommandant à ses gens de former une garde vigilante autour d’elle. Et de grands feux furent allumés.
Le lendemain, il lui dit :
— O Dourounèche, ce ne peut être sans dessein que le Seigneur t’a placée sur ma route, et désormais, je le comprends, ma vie ne doit s’écouler autrement que mêlée à la tienne. Accompagne-moi dans ma maison, où tu vivras honorée comme ma sœur et mon épouse, où les filles les plus fières et les plus belles viendront saluer en toi leur souveraine, où nos poëtes les plus renommés chanteront à tes pieds leurs plus douces romances, où tu régneras en maîtresse absolue, ainsi que, dès à présent, tu règnes sur mon âme.
Et Dourounèche, ne voyant pas revenir son frère, s’en crut abandonnée ; et tout bas, consultant les mouvements de son cœur, elle sentit qu’elle serait heureuse d’accompagner le prince dans sa maison, et d’y vivre honorée comme sa sœur et son épouse. Et elle baissa le front, en rougissant, sans répondre.
Et aussitôt le jeune homme, sautant sur son mulet, la prit en croupe derrière lui. Et l’animal, comme s’il eût partagé l’orgueil et la joie de son maître, releva superbement la tête, et se mit à trotter allègrement en faisant tinter ses clochettes d’argent. Au bout de peu de jours, ils atteignirent ainsi le pays du jeune prince. Et bien vite la nouvelle se répandit qu’il amenait une seconde épouse ; car il était déjà marié.
Laissant Dourounèche sous la garde de son écuyer, il entre alors dans sa demeure et dans la chambre où sa femme, revêtue de ses plus beaux habits et après avoir pris un bain de fumée, attendait la venue de son seigneur. Et, quand ils se furent salués :
— Tu as cru jusqu’à ce jour, lui dit celui-ci, qu’il ne pouvait respirer sur cette terre aucune créature plus belle que toi. Et moi, je le croyais ainsi. Or, s’il s’était rencontré sur mes pas une femme d’une beauté plus merveilleuse que la tienne, que ferais-tu ? Réponds et parle selon ton cœur !