Au point du jour, on se remit en marche, dans le même ordre que la veille. Mais bientôt, sous l’empire d’un inconcevable vertige, l’écuyer, se rapprochant de Dourounèche, ne craignit pas de lui tenir d’outrageants discours, et de lui faire l’aveu de son téméraire amour. Victime une fois déjà de sa fatale beauté, la jeune mère appela ses enfants plus près d’elle, comme pour demander à leur présence le seul refuge qu’elle pût espérer, et reprocha en termes amers au perfide serviteur sa trahison envers son maître.
Repoussé par l’indignation et le mépris, l’écuyer garda le silence. Mais le soir, lorsque chacun dans le campement reposa, il vint encore à la tente d’un pas furtif, et, affolé de rage, d’un coup de sabre il trancha la tête de l’esclave endormie.
Pénétrant alors sans obstacle jusqu’aux pieds de Dourounèche, il se mit à lui parler derechef de son injurieuse passion. Et, ainsi qu’elle l’avait déjà fait, elle reprocha en termes amers au perfide serviteur sa trahison envers son maître.
Mais lui, éperdu de fureur, saisit l’aîné des deux enfants, et menaça la mère de le tuer sous ses yeux, si elle ne lui cédait.
— Dieu me l’a donné, Dieu me l’a repris, répondit-elle simplement, en joignant les mains et en levant les yeux au ciel.
Et l’assassin plongea son arme dans le sein de l’innocent, dont le sang rejaillit sur sa mère.
Dourounèche, épouvantée, puisa dans son horreur une nouvelle énergie pour repousser l’écuyer. Et celui-ci, plus ivre de colère que jamais, saisit le second des enfants, et menaça la mère de le tuer sous ses yeux, si elle ne lui cédait.
— Dieu me l’a donné, Dieu me l’a repris, répéta-t-elle en joignant les mains et en levant les yeux au ciel.
Et l’assassin plongea son arme dans le sein de l’enfant, dont le sang rejaillit sur sa mère.
Comme le jour allait paraître et que les soldats s’éveillaient, l’écuyer sortit en toute hâte et courut se baigner dans l’eau du ruisseau voisin. Et quand les soldats furent debout, et que les serviteurs eurent replié la tente, ils découvrirent les trois cadavres gisant à terre, et au milieu, Dourounèche, les yeux hagards, ensanglantée, affaissée, sans force et sans voix. Et chacun recula terrifié.