Et l’écuyer infidèle, tremblant à la terrible image évoquée par ces mots, s’accusait intérieurement et disait :
— Quel crime ai-je commis, grand Dieu ! d’avoir osé attenter à l’honneur de mon maître, et de m’être aussi fait le meurtrier de ses fils !
Et un silence douloureux planait sur ces cinq personnes, pendant que d’amères réflexions remuaient le fond de leur âme.
Et, après un moment d’interruption, le prieur s’écria :
— Voudriez-vous connaître les personnages de cette véridique histoire ?
Et chacun, alors, lui en demanda les noms avec instance.
— Eh bien ! je vais vous satisfaire, répondit-il. Mais, auparavant, sur cette croix qui pend à ma poitrine, jurez-le-moi, si l’un de vous cinq, en découvrant ce mystère, y trouve pour son compte le motif d’une juste vengeance, que celui-là pardonne dès à présent, et renonce à sa colère !
Et tous les cinq jurèrent.
Et alors, d’un mouvement rapide, Dourounèche rejeta son bonnet jaune de moine ; ses longs cheveux, n’étant plus contenus, se déroulèrent ; et, sous cet habit grossier, comme dans le miroir de la source, une femme d’une incomparable beauté apparut à leurs yeux, et tous la reconnurent ; et elle leur tendit les bras.
Et à l’instant même, sans une parole de plus, son mari la saisit avec une ivresse sauvage, et sauta sur son mulet, l’emportant comme s’il eût craint qu’on vînt la lui ravir encore. Et l’animal, comprenant tout le prix du fardeau dont le chargeait la confiance de son maître, releva la tête avec orgueil, et se mit à courir d’un trot rapide, au tintement joyeux de ses clochettes d’argent.