A la suite d’une dernière chute, plus grave que les autres, je résolus de ne pas aller plus loin, et, ne pouvant mieux faire, je pris philosophiquement le parti de me coucher sous un arbre. J’étais harassé, la fatigue l’emportait sur toute autre préoccupation, et je m’endormis…
Mon sommeil durait depuis une heure ou deux, lorsque, sous l’impression d’un de ces malaises indéfinissables qui avertissent toujours l’homme en danger de mort, j’ouvris les yeux. La lune était levée et éclairait en plein le paysage. Une vive lumière frappa mon regard ; mais, tout aussitôt, une grande ombre noire s’interposa entre le ciel et moi, et je sentis une haleine fétide me passer sur la figure. Je poussai un cri d’épouvante, et ne fis qu’un bond pour me retrouver debout. La bête féroce — car c’en était une, hyène ou panthère, je n’ai jamais bien su au juste — effrayée de ce mouvement inattendu, se rejeta en arrière et disparut dans l’obscurité, poursuivie par un coup de feu qui ne l’atteignit point. Je ne me rendormis pas.
Vers le nord, une lueur rougeâtre colorait les ténèbres ; je marchai dans cette direction. C’était un campement de pâturage. On entendait dans la nuit le souffle de tous ces bestiaux ; leurs grands corps noirs se voyaient étendus çà et là. J’approchai avec précaution. Tout à coup, des aboiements furieux me signalent. Je hèle les bergers. — Pas de réponse ! A la fin, une voix s’élève :
— Passe ton chemin, me crie-t-elle…
J’insiste. Je me sers du nom de M. Münzinger ; un homme vient à moi.
— Que veux-tu ? me dit-il.
— L’hospitalité pour quelques heures et un peu de lait.
— As-tu de l’argent ?
Je fais luire un thalari. Aussitôt, il me prend la main, écarte les chiens, et m’introduit dans un enclos d’épines, où il m’est permis de me reposer et de me désaltérer.
Le lendemain, je retrouvais mes gens, inquiets et bouleversés, et le soir nous rentrions à Keren.