Alors il cueillit une grande quantité de ces feuilles bienfaisantes, et, après en avoir rempli sa lokota, descendit de l’arbre. Il ne savait, il est vrai, où se trouvait la ville voisine ; mais ce souci ne l’arrêta pas, et, en effet, à peine eut-il erré quelque temps, qu’il rencontra la route qui y menait.

Ainsi que l’avait bien rapporté l’aigle, la cité était en deuil et en larmes, et la multitude, réunie autour des autels dont les assises ployaient sous le poids des victimes, élevait les mains vers la voûte céleste avec une contenance morne et une physionomie découragée.

Sans perdre de temps à contempler cette désolation unanime, Desta se hâta de s’informer où était le palais du roi ; et, dès qu’il y fut arrivé, il aperçut les soldats qui le gardaient dans une attitude aussi accablée que la foule. Pas un murmure, pas un éclat de voix ; point de ces chansons guerrières, point de cette gaieté de courtisans, qui hantent d’ordinaire et les camps et les cours. Tout n’était que silence, que tristesse.

S’adressant alors à un chef de la porte principale, il s’enquit du terrible motif qui semblait avoir jeté un lugubre voile sur le pays entier. L’officier lui répéta, en peu de mots, tout ce que l’aigle avait déjà raconté au lion.

— Eh bien ! s’écria Desta, allez dire à votre maître que je lui apporte la guérison de son fils.

Le chef, incrédule, regarda l’inconnu avec défiance.

— Allez, répéta celui-ci, et vous n’aurez pas à regretter d’avoir été le premier messager d’une heureuse nouvelle.

Décidé alors par ces quelques paroles et cet accent plein de fermeté, l’officier s’élança tout joyeux vers le palais ; et, peu d’instants après, un serviteur de confiance venait en toute hâte chercher Desta, qui fut aussitôt introduit près du roi.

— Majesté, lui dit-il, hier j’étais riche, j’étais honoré ! Aujourd’hui je suis pauvre, je suis dédaigné… Mais l’étude de la nature m’a révélé de merveilleux secrets. Le bruit de la calamité qui s’est appesantie sur ta famille est venu jusqu’à moi, et j’accours t’apporter l’aide toute-puissante de mon savoir pour rendre sur-le-champ la vue à l’héritier de ta race.

— Sois le bienvenu, ô étranger ! et si tes actes sont d’accord avec tes engagements, qui que tu sois, riche ou pauvre, illustre ou obscur, tu peux compter sur la plus magnifique récompense qui, de mémoire humaine, ait servi de salaire à un fils de l’homme… Tu vois mon trône : je le partage avec toi ; mes richesses sont connues : je t’en donne la moitié…