Si une orpheline pleure, va-t’en et tais-toi, lui dit-on. Laisse-nous ; paix avec tes larmes !
Mangued deblou mennou minta mouder messe.
On ferme la porte devant elle, quand la nuit tombe sur la terre.
Elle resta longtemps, ainsi, à gémir. Ses femmes, presque aussi abattues que leur maîtresse, étaient impuissantes à la ranimer. A la fin, cependant, elle se releva, et remontant sur sa mule, se remit à la pousser en avant. Mais, désormais, où porter ses pas ?… A quelle porte frapper ?… Elle allait au hasard, traversant les forêts et les champs sans regarder autour d’elle, abîmée dans son chagrin. Ce fut ainsi qu’elle atteignit les frontières du Mensah. Le même serviteur était reparti en quête d’une hospitalité moins précaire. Là, brisée par les émotions et la fatigue, elle s’arrêta. Un tertre ombragé lui offrait, à l’écart, un asile bienfaisant contre l’ardeur du soleil. Elle s’y réfugia pour attendre cet homme.
Au bout de quelque temps il la rejoignait, la frayeur peinte sur les traits. Non-seulement il n’avait rien découvert, mais il avait appris, au contraire, que les émissaires de Naacucto-Laab étaient sur sa piste. Déjà, on signalait leur présence non loin de là. Encore quelques heures, et la princesse fugitive allait infailliblement tomber en leur pouvoir.
— Ah ! Seigneur Dieu ! Par l’âme de mes pères, s’écria Judith dans un élan de désespoir, les mains levées au ciel, sauve-moi ! Que ta pitié descende sur la fille de Lalibala !
LA FILLE DU NÉGUS.
Et la pitié céleste descendit, en effet, sur elle. Car on vit tout à coup son corps, agité jusque-là de frissons convulsifs, se roidir et devenir immobile : ses bras étendus prendre la rigidité de la pierre ; une teinte de marbre se répandre sur son front ; tout son être grandir et se transformer. Et à la place de cette jeune fille svelte et gracieuse, le regard ne distingua plus, bientôt, qu’une masse compacte, que ce bloc de rocher, dont les reliefs continuent à garder le contour des plis de son vêtement. Ces broussailles pendantes remplacèrent les boucles de sa chevelure. Et tu le vois, de nos jours encore cette pierre colossale, battue par l’impuissance des siècles, n’en demeure pas moins toujours debout, toujours superbe, comme si elle commandait à la plaine. A l’endroit même où elle venait d’être assise, enfantée par ses pleurs, une source jaillit, qui coule sans avoir jamais tari, depuis cette époque. C’est ce ruisseau que nous côtoyons.
Ses suivantes partagèrent le sort de la princesse, et nous les retrouvons également, sous la forme de ces quartiers de roche plus petits, groupées jusque dans la mort, autour de leur maîtresse.