[20] Mer Rouge et Abyssinie. — Une mission en Abyssinie, par le comte Russel, chez Plon, Nourrit et Cie.
Une chaleur accablante ; une course sans incidents, sans attraits. Nous marchions, sans nous arrêter, sans regarder. Nous avions hâte d’arriver. Enfin, voici notre dernière nuit dans le désert. Autour de nous, le sable, rien que le sable. Nous bivouaquons près d’une mare dont il nous faut disputer l’eau saumâtre à des bandes d’oiseaux innombrables et aux bestiaux qui en piétinent les abords.
Néanmoins la fraîcheur m’en paraît délicieuse.
— Comme c’est bon de boire frais ! ne puis-je m’empêcher de penser, à mesure que le liquide humecte mon gosier desséché.
Je portais sur moi un petit thermomètre de poche. J’ai la curiosité d’examiner la température de cette eau fraîche… Vingt-huit degrés !
L’air que nous respirons, il est vrai, en a quarante et un. — Tout gît dans la comparaison.
Les feux allumés, Gœrguis s’était accroupi non loin de moi. Immobile sur ses talons, la bouche close, l’air important, c’était un signe certain qu’il mourait d’envie de prendre la parole.
— Eh bien ! Gœrguis, lui dis-je, voilà notre dernier bivouac… Quelle chaleur !
— Oui. Ça me rappelle celui où l’étranger faillit être massacré avec moi.
— Quel étranger ?