—Il pourrait y avoir de la difficulté, répondit Mirzoza: mais je pense que c'est tout. Le génie Cucufa, votre parent et votre ami, a fait des choses plus fortes. Que ne le consultez-vous?

—Ah! joie de mon cœur, s'écria le sultan, vous êtes admirable! Je ne doute point que le génie n'emploie tout son pouvoir en ma faveur. Je vais de ce pas m'enfermer dans mon cabinet, et l'évoquer.»

Alors Mangogul se leva, baisa la favorite sur l'œil gauche, selon la coutume du Congo, et partit.


CHAPITRE IV.

ÉVOCATION DU GÉNIE.

Le génie Cucufa est un vieil hypocondriaque, qui craignant que les embarras du monde et le commerce des autres génies ne fissent obstacle à son salut, s'est réfugié dans le vide, pour s'occuper tout à son aise des perfections infinies de la grande Pagode, se pincer, s'égratigner, se faire des niches, s'ennuyer, enrager et crever de faim. Là, il est couché sur une natte, le corps cousu dans un sac, les flancs serrés d'une corde, les bras croisés sur la poitrine, et la tête enfoncée dans un capuchon, qui ne laisse sortir que l'extrémité de sa barbe. Il dort; mais on croirait qu'il contemple. Il n'a pour toute compagnie qu'un hibou qui sommeille à ses pieds, quelques rats qui rongent sa natte, et des chauves-souris qui voltigent autour de sa tête: on l'évoque en récitant au son d'une cloche le premier verset de l'office nocturne des bramines; alors il relève son capuce, frotte ses yeux, chausse ses sandales, et part. Figurez-vous un vieux camaldule[15] porté dans les airs par deux gros chats-huants qu'il tiendrait par les pattes: ce fut dans cet équipage que Cucufa apparut au sultan!

[15] Religieux qui suivent la règle de saint Benoît. (Br.)

«Que la bénédiction de Brama soit céans, dit-il en s'abattant.

Amen, répondit le prince.