—Il ne tenait qu'à vous que cela fût galant, répliqua Mirzoza; mais vous rêvez, vous êtes distrait, vous bâillez. Prince, qu'avez-vous?

—Je ne sais, dit le sultan.

—Et moi je devine, continua la favorite. J'avais dix-huit ans lorsque j'eus le bonheur de vous plaire. Il y a quatre ans que vous m'aimez. Dix-huit et quatre font vingt-deux. Me voilà bien vieille.»

Mangogul sourit de ce calcul.

«Mais si je ne vaux plus rien pour le plaisir, ajouta Mirzoza, je veux vous faire voir du moins que je suis très-bonne pour le conseil. La variété des amusements qui vous suivent n'a pu vous garantir du dégoût. Vous êtes dégoûté. Voilà, prince, votre maladie.

—Je ne conviens pas que vous ayez rencontré, dit Mangogul; mais en cas que cela fût, y sauriez-vous quelque remède?»

Mirzoza répondit au sultan, après avoir rêvé un moment, que Sa Hautesse lui avait paru prendre tant de plaisir au récit qu'elle lui faisait des aventures galantes de la ville, qu'elle regrettait de n'en plus avoir à lui raconter, ou de n'être pas mieux instruite de celles de sa cour; qu'elle aurait essayé cet expédient, en attendant qu'elle imaginât mieux.

«Je le crois bon, dit Mangogul; mais qui sait les histoires de toutes ces folles? et quand on les saurait, qui me les réciterait comme vous?

—Sachons-les toujours, reprit Mirzoza. Qui que ce soit qui vous les raconte, je suis sûre que Votre Hautesse gagnera plus par le fond qu'elle ne perdra par la forme.

—J'imaginerai avec vous, si vous voulez, les aventures des femmes de ma cour, fort plaisantes, dit Mangogul; mais le fussent-elles cent fois davantage, qu'importe, s'il est impossible de les apprendre?