—Bijou, mon cœur, lui répondit Grisgrif, vous vous trompez. Vous pouvez renier Fortimbek et moi tant qu'il vous plaira, mais pour Hannetillon, il est un peu mieux avec vous que vous n'en convenez. Il m'en a dit un mot; et c'est le garçon du Congo le plus vrai, qui vaut mieux qu'aucun de ceux que vous avez connus, et qui peut encore faire la réputation d'un bijou.
—Celle d'imposteur ne peut lui manquer, non plus qu'à son ami Fadaès, dit en sanglotant le bijou de Fatime. Qu'ai-je fait à ces monstres pour me déshonorer? Le fils de l'empereur des Abyssins vint à la cour d'Erguebzed; je lui plus, il me rendit des soins; mais il eût échoué, et j'aurais continué d'être fidèle à mon époux, qui m'était cher, si le traître de Patte-de-velours et son lâche complice Fadaès n'eussent corrompu mes femmes et introduit le jeune prince dans mes bains.»
Les bijoux de Zyrphile et de Zulica, qui avaient la même cause à défendre, parlèrent tous deux en même temps; mais avec tant de rapidité, qu'on eut toutes les peines du monde à rendre à chacun ce qui lui appartenait... Des faveurs! s'écriait l'un... A Patte-de-velours, disait l'autre... passe pour Zinzim... Cerbélon... Bénengel... Agarias... l'esclave français Riqueli... le jeune Éthiopien Thézaca... mais pour le fade Patte-de-velours... l'insolent Fadaès... j'en jure par Brama... j'en atteste la grande pagode et le génie Cucufa... je ne les connais point... je n'ai jamais rien eu à démêler avec eux...
Zyrphile et Zulica parleraient encore, si Mangogul n'eût retourné son anneau; mais sa bague mystérieuse cessant d'agir sur elles, leurs bijoux se turent subitement; et un silence profond succéda au bruit qu'ils faisaient. Alors le sultan se leva, et lançant sur nos jeunes étourdis des regards furieux:
«Vous êtes bien osés, leur dit-il, de déchirer des femmes dont vous n'avez jamais eu l'honneur d'approcher, et qui vous connaissent à peine de nom. Qui vous a faits assez hardis pour mentir en ma présence? Tremblez, malheureux!»
A ces mots, il porta la main sur son cimeterre; mais les femmes, effrayées, poussèrent un cri qui l'arrêta.
«J'allais, reprit Mangogul, vous donner la mort que vous avez méritée; mais c'est aux dames à qui vous avez fait injure à décider de votre sort. Vils insectes, il va dépendre d'elles de vous écraser ou de vous laisser vivre. Parlez, mesdames, qu'ordonnez-vous?
—Qu'ils vivent, dit Mirzoza; et qu'ils se taisent, s'il est possible.
—Vivez, reprit le sultan; ces dames vous le permettent; mais si vous oubliez jamais à quelle condition, je jure par l'âme de mon père...»
Mangogul n'acheva pas[61] son serment; il fut interrompu par un des gentilshommes de sa chambre, qui l'avertit que les comédiens étaient prêts. Ce prince s'était imposé la loi de ne jamais retarder les spectacles. «Qu'on commence,» dit-il; et à l'instant il donna la main à la favorite, qu'il accompagna jusqu'à sa loge.