—Ne m'avez-vous pas dit que vous traduisiez Philoxène, et qu'il avait écrit en grec?
—Oui, seigneur; mais il n'est pas nécessaire d'entendre une langue pour la traduire, puisque l'on ne traduit que pour des gens qui ne l'entendent point.
—Cela est merveilleux, dit le sultan; seigneur Bloculocus, traduisez donc le grec sans le savoir; je vous donne ma parole que je n'en dirai mot à personne, et que je ne vous en honorerai pas moins singulièrement.»
CHAPITRE XLIII.
VINGT-TROISIÈME ESSAI DE L'ANNEAU.
FANNI.
Il restait encore assez de jour, lorsque cette conversation finit, ce qui détermina Mangogul à faire un essai de son anneau avant que de se retirer dans son appartement, ne fût-ce que pour s'endormir sur des idées plus gaies que celles qui l'avaient occupé jusqu'alors: il se rendit aussitôt chez Fanni; mais il ne la trouva point; il y revint après souper; elle était encore absente: il remit donc son épreuve au lendemain matin.
Mangogul était aujourd'hui, dit l'auteur africain dont nous traduisons le journal, à neuf heures et demie chez Fanni. On venait de la mettre au lit. Le sultan s'approcha de son oreiller, la contempla quelque temps, et ne put concevoir comment, avec si peu de charmes, elle avait couru tant d'aventures.
Fanni est si blonde qu'elle en est fade; grande, dégingandée, elle a la démarche indécente; point de traits, peu d'agréments, un air d'intrépidité qui n'est passable qu'à la cour; pour de l'esprit, on lui en reconnaît tout ce que la galanterie en peut communiquer, et il faut qu'une femme soit née bien imbécile pour n'avoir pas au moins du jargon, après une vingtaine d'intrigues; car Fanni en était là.