«—Je souhaiterais donc dans ma maîtresse, reprit Amisadar, de la figure, de l'esprit, des sentiments, de la décence surtout. Je voudrais qu'elle approuvât mes soins, qu'elle ne m'éconduisît pas par des mines; qu'elle m'apprît une bonne fois si je lui plais; qu'elle m'instruisît elle-même des moyens de lui plaire davantage; qu'elle ne me celât point les progrès que je ferais dans son cœur; qu'elle n'écoutât que moi, n'eût des yeux que pour moi, ne pensât, ne rêvât que moi, n'aimât que moi, ne fût occupée que de moi, ne fît rien qui ne tendît à m'en convaincre; et que, cédant un jour à mes transports, je visse clairement que je dois tout à mon amour et au sien. Quel triomphe, madame! et qu'un homme est heureux de posséder une telle femme!
«—Mais, mon pauvre Amisadar, tu extravagues, rien n'est plus vrai. Voilà le portrait d'une femme comme il n'y en a point.
«—Je vous fais excuse, madame, il s'en trouve. J'avoue qu'elles sont rares; j'ai cependant eu le bonheur d'en rencontrer une. Hélas! si la mort ne me l'eût ravie, car ce n'est jamais que la mort qui vous enlève ces femmes-là, peut-être à présent serais-je entre ses bras.
«—Mais comment te conduisais-tu donc avec elle?
«—J'aimais éperdument; je ne manquais aucune occasion de donner des preuves de ma tendresse. J'avais la douce satisfaction de voir qu'elles étaient bien reçues. J'étais fidèle jusqu'au scrupule. On me l'était de même. Le plus ou le moins d'amour était le seul sujet de nos différends. C'est dans ces petits démêlés que nous nous développions. Nous n'étions jamais si tendres qu'après l'examen de nos cœurs. Nos caresses succédaient toujours plus vives à nos explications. Qu'il y avait alors d'amour et de vérité dans nos regards! Je lisais dans ses yeux, elle lisait dans les miens, que nous brûlions d'une ardeur égale et mutuelle!
«—Et où cela vous menait-il?
«—A des plaisirs inconnus à tous les mortels moins amoureux et moins vrais que nous.
«—Vous jouissiez?
«—Oui, je jouissais, mais d'un bien dont je faisais un cas infini. Si l'estime n'enivre pas, elle ajoute du moins beaucoup à l'ivresse. Nous nous montrions à cœur ouvert; et vous ne sauriez croire combien la passion y gagnait. Plus j'examinais, plus j'apercevais de qualités, plus j'étais transporté. Je passais à ses genoux la moitié de ma vie; je regrettais le reste. Je faisais son bonheur, elle comblait le mien. Je la voyais toujours avec plaisir, et je la quittais toujours avec peine. C'est ainsi que nous vivions; jugez à présent, madame, si les femmes tendres sont si fort à plaindre.
«—Non, elles ne le sont pas, si ce que vous me dites est vrai; mais j'ai peine à le croire. On n'aime point comme cela. Je conçois même qu'une passion telle que vous l'avez éprouvée, doit faire payer les plaisirs qu'elle donne, par de grandes inquiétudes.