«Lorsque je sentis les membres de Cydalise se refroidir entre mes bras, je poussai les cris les plus aigus; mes gens accoururent, et m'arrachèrent de ces lieux pleins d'horreur. Je revins à Banza, et je me renfermai dans mon palais, désespéré de la mort de Cydalise, et m'accablant des plus cruels reproches. J'aimais vraiment Cydalise; j'en étais fortement aimé; et j'eus tout le temps de concevoir la grandeur de la perte que j'avais faite, et de la pleurer.

—Mais enfin, reprit la favorite, vous vous consolâtes?

—Hélas! madame, répondit Sélim, longtemps je crus que je ne m'en consolerais jamais; et j'appris seulement alors qu'il n'y a point de douleurs éternelles.

—Qu'on ne me parle plus des hommes, dit Mirzoza; les voilà tous. C'est-à-dire, seigneur Sélim, que cette pauvre Cydalise, dont l'histoire vient de nous attendrir, et que vous avez tant regrettée, fut bien sotte de compter sur vos serments; et que, tandis que Brama la châtie peut-être rigoureusement de sa crédulité, vous passez assez doucement vos instants entre les bras d'une autre.

—Eh! madame, reprit le sultan, apaisez-vous. Sélim aime encore. Cydalise sera vengée.

—Seigneur, répondit Sélim, Votre Hautesse pourrait être mal informée: n'ai-je pas dû comprendre pour toute ma vie, par mon aventure avec Cydalise, qu'un amour véritable nuisait trop au bonheur?

—Sans doute, interrompit Mirzoza; et malgré vos réflexions, je gage qu'à l'heure qu'il est, vous en aimez une autre plus ardemment encore...

—Pour plus ardemment, reprit Sélim, je n'oserais l'assurer: depuis cinq ans je suis attaché, mais attaché de cœur, à une femme charmante: ce n'est pas sans peine que je m'en suis fait écouter; car on avait toujours été d'une vertu!...

—De la vertu! s'écria le sultan; courage, mon ami, je suis enchanté quand on m'entretient de la vertu d'une femme de cour.

—Sélim, dit la favorite, continuez votre histoire.