—Sans doute, je le crois, dit le sultan. Il faudrait, parbleu, qu'il fût bien difficile, s'il n'en était pas satisfait.»

Une des femmes de Mirzoza, qui avait gagné l'affection du sultan et de la favorite par de la douceur, des talents et du zèle, dit: «Ces animaux sont incommodes et malpropres; ils tachent les habits, gâtent les meubles, arrachent les dentelles, et font en un quart d'heure plus de dégât qu'il n'en faudrait pour attirer la disgrâce de la femme de chambre la plus fidèle; cependant on les garde.

—Quoique, selon madame, ils ne soient bon qu'à cela, ajouta le sultan.

—Prince, répondit Mirzoza, nous tenons à nos fantaisies; et il faut que, d'avoir un gredin, c'en soit une, telle que nous en avons beaucoup d'autres, qui ne seraient plus des fantaisies, si l'on en pouvait rendre raison. Le règne des singes est passé; les perruches se soutiennent encore. Les chiens étaient tombés; les voilà qui se relèvent. Les écureuils ont eu leur temps; et il en est des animaux comme il en a été successivement de l'italien, de l'anglais, de la géométrie, des prétintailles, et des falbalas.

—Mirzoza, répliqua le sultan en secouant la tête, n'a pas là-dessus toutes les lumières possibles; et les bijoux...

—Votre Hautesse ne va-t-elle pas s'imaginer, dit la favorite, qu'elle apprendra du bijou d'Haria pourquoi cette femme, qui a vu mourir son fils, une de ses filles et son époux sans verser une larme, a pleuré pendant quinze jours la perte de son doguin?

—Pourquoi non? répondit Mangogul.

—Vraiment, dit Mirzoza, si nos bijoux pouvaient expliquer toutes nos fantaisies, ils seraient plus savants que nous-mêmes.

—Et qui vous le dispute? repartit le sultan. Aussi crois-je que le bijou fait faire à une femme cent choses sans qu'elle s'en aperçoive; et j'ai remarqué dans plus d'une occasion, que telle qui croyait suivre sa tête, obéissait à son bijou. Un grand philosophe[45] plaçait l'âme, la nôtre s'entend, dans la glande pinéale. Si j'en accordais une aux femmes, je sais bien, moi, où je la placerais.

[45] René Descartes. Galien avait déjà fixé le siége de l'âme dans la glande pinéale. Il prétendait qu'elle pouvait être tantôt inclinée d'un côté et tantôt de l'autre par les filaments qui l'attachaient aux parties voisines, et par là qu'elle présidait à la distribution des esprits. Anat. de Galien par Oribase, édit. de Dundas, 1735.