—Sans compter, seigneur, ajouta Mirzoza, la réputation et les vertus. Je ne sais quel avantage vous apportera votre bague; mais plus vous en multipliez les essais, plus mon sexe me devient odieux: celles même à qui je croyais devoir quelque considération n'en sont pas exceptées. Je suis contre elles d'une humeur à laquelle je demande à Votre Hautesse de m'abandonner pour quelques moments.»

Mangogul, qui connaissait la favorite pour ennemie de toute contrainte, lui baisa trois fois l'oreille droite, et se retira.


CHAPITRE XXV.

ÉCHANTILLON DE LA MORALE DE MANGOGUL.

Mangogul, impatient de revoir la favorite, dormit peu, se leva plus matin qu'à l'ordinaire, et parut chez elle au petit jour. Elle avait déjà sonné: on venait d'ouvrir ses rideaux; et ses femmes se disposaient à la lever. Le sultan regarda beaucoup autour d'elle, et ne lui voyant point de chien, il lui demanda la raison de cette singularité.

«C'est, lui répondit Mirzoza, que vous supposez que je suis singulière en cela, et qu'il n'en est rien.

—Je vous assure, répliqua le sultan, que je vois des chiens à toutes les femmes de ma cour, et que vous m'obligeriez de m'apprendre pourquoi elles en ont, ou pourquoi vous n'en avez point. La plupart d'entre elles en ont même plusieurs; et il n'y en a pas une qui ne prodigue au sien des caresses qu'elle semble n'accorder qu'avec peine à son amant. Par où ces bêtes méritent-elles la préférence? qu'en fait-on?»

Mirzoza ne savait que répondre à ces questions.

«Mais, lui disait-elle, on a un chien comme un perroquet ou un serin. Il est peut-être ridicule de s'attacher aux animaux; mais il n'est pas étrange qu'on en ait: ils amusent quelquefois, et ne nuisent jamais. Si on leur fait des caresses, c'est qu'elles sont sans conséquence. D'ailleurs, croyez-vous, prince, qu'un amant se contentât d'un baiser tel qu'une femme le donne à son gredin?