— Alors, allez à Saint-Merry.

— Tout est plein.

Le monsieur aux galons regarda d'un air furieux le bateau, les brancardiers, planta là les blessés et le bateau, et disparut sans rien dire.

Personne, depuis, n'en entendit oncques parler. Immédiatement, la distribution des bulletins commença, et les trente-cinq blessés (il n'y en avait pas plus sur le bateau) furent placés chez l'habitant.

L'ambulance du Ier arrondissement, pendant son fonctionnement, a soigné 2,680 malades ou blessés. Elle trouva dans M. Méline, adjoint au maire, un concours aussi actif qu'intelligent et dévoué ; il débarrassa, dans les limites du possible, cette institution charitable de toutes les entraves administratives qui lui étaient suscitées.

Il est probable que c'est pour la première fois que vous entendez parler des ambulances du Ier arrondissement, tandis que vous avez eu les oreilles rebattues des faits et gestes de quelques autres ambulances.

Ne mesurez pas la somme du bien produit à l'intensité du tapage qui se fait autour des choses. Les gens dont je vous parle n'ont vu que le devoir et l'ont accompli noblement, simplement, gratuitement, sans bruit. Ils fuyaient la réclame et eussent été profondément blessés de voir leur conduite célébrée aux sons de la grosse caisse. Avec des sommes véritablement insignifiantes, ils ont accompli des choses énormes. Ceux-là peuvent dévoiler sans crainte au public le mobile de leurs sentiments et surtout leurs livres de comptes. Plus d'un philanthrope et plus d'une ambulance en ce monde ne pourraient pas en faire autant.

Alors surgit l'intendance, qui ne sait guère jouer que le rôle de « bâton dans les roues. » Plus d'une fois les intendants avaient fait leur apparition dans nos bureaux. Mais, à leur sujet, la consigne était générale : ne jamais discuter, trouver parfait et accepter leurs idées trop souvent saugrenues, mais n'en tenir absolument aucun compte.

L'intendant se retirait enchanté, et on ne le revoyait jamais, car c'est une particularité caractéristique de l'histoire naturelle de l'intendant. Il parle, donne des ordres, et croit que cela suffit. Presque jamais il ne vérifie si ses intentions ou ses ordres ont été exécutés : c'est ce qui explique l'admirable chaos, l'ineffable brouillamini, l'inextricable désordre qui caractérisent les actes de cette institution.

L'intendance était au comble de la surprise. Malgré son intervention, l'ambulance du Ier arrondissement fonctionnait toujours admirablement. Mais il y avait un citoyen, préfet de la Seine, du nom de Jules Ferry, un vrai préfet des pièces du Châtelet, et que je confonds toujours avec Hurluberlu XIV. Ce magistrat municipal aurait dû comprendre que son premier devoir était de sauvegarder ses administrés du militarisme bouton de guêtre de l'intendance, et que la charité privée n'a rien à gagner à l'intervention d'un corps égoïste, incapable, sans cœur, qui envahit, non pas pour faire mieux que ce qu'il remplace, mais uniquement pour accroître sa puissance, pour affirmer sa domination envahissante.