— Ce n'est pas la pluie qui nous gêne.

— Eh! quoi donc, alors?

— C'est que les Prussiens ont une batterie directement en face de la rue, qui leur sert d'enfilade pour tirer sur Paris. Alors, vous comprenez, les obus qui passent nous enlèvent nos hommes, et c'est pour cela que nous les obligeons à ne pas sortir.

— Mais je n'ai pas entendu un seul coup.

— Vous avez de la chance. Après cela il est possible qu'ils soient en train de déjeuner.

— Alors vous pensez qu'il n'est pas prudent d'attendre qu'ils aient pris leur café?

— Je ne vous y engage pas.

Je regardai le nez de maître Pierre ; ce thermomètre si sensible marquait : tempête, et nous reprîmes au grand galop le chemin de Paris.

Quand la batterie prussienne recommença son tir, nous étions hors d'atteinte. En réalité, nous n'avions couru aucun danger, puisque les Prussiens déjeunaient. Dix minutes plus tard, il n'en eût pas été tout à fait de même, et en tenant compte de la persistance que ces nobles ennemis mettaient à tirer sur nos hôpitaux, pendant le bombardement, il est fort probable qu'ils n'auraient point manqué notre voiture, malgré son drapeau.

Les ambulances ont eu des morts, il est vrai, mais proportionnellement en fort petit nombre ; en général d'humbles brancardiers, de dignes frères des écoles. On aurait dit que les projectiles allaient frapper les plus modestes pour que leurs victimes fussent plus vite oubliées.