En effet, qui sait les noms de ces braves serviteurs de l'humanité? peut-être eux-mêmes ne s'en souviennent-ils plus. En quittant la livrée de notre société pour revêtir leur longue robe noire, ils perdent jusqu'à leur nom et l'échangent contre celui d'un patron en général si étrange, si invraisemblable, qu'il y aurait presque de la cruauté à les en poursuivre après leur mort en le gravant sur une tombe.

L'immense majorité des ambulanciers s'est montrée pleine de bravoure et de dévouement modeste. Ils ont supporté les fatigues et le froid avec une constance qui leur a mérité la reconnaissance de nos soldats.

IX

Pendant le temps qui a séparé la paix avec la Prusse du régime de la Commune, les ambulances furent en partie désorganisées. Le service de bataille n'était plus nécessaire, et l'on pensait bien n'en avoir jamais besoin. L'ouverture des hostilités de cette épouvantable guerre civile vint presque nous surprendre.

Faut-il l'avouer? Nous n'y apportions plus les mêmes sentiments. Contre la Prusse, nous étions entraînés par un élan patriotique qui nous conduisait au secours de nos soldats. Les ambulanciers qui revenaient du combat étaient tristes et mornes, même après le succès. Sous la Commune, les visages étaient indifférents ; on y allait par habitude, un peu par curiosité, mais sans entrain.

Je dis par curiosité ; c'est qu'en effet l'aspect d'une bataille est une chose terrible et grandiose qui attire et entraîne comme les grands spectacles de la nature qu'on est rarement appelé à contempler plusieurs fois.

Il faut bien le dire aussi : dans la guerre de la Commune, si le terrible formait le fond du tableau, souvent surgissaient des incidents où le burlesque jouait un rôle important.

Comme dans les pièces de théâtre, le drame avait son comique.


Si l'intendance de l'armée régulière laissait à désirer dans la guerre contre la Prusse, l'intendance de la Commune était bien autrement incapable de rendre des services.