Le jour de l'affaire de Ville-Évrard, Pierre avait ses nerfs. Nous débouchions par la route de Montreuil et nous passions au pied du fort de Rosny, qui faisait un feu d'enfer de tous ses canons. Pierre commença à devenir rétif. Je regardai son nez, c'était le baromètre de son courage : quand il se sentait mal à l'aise, son nez se creusait de petits plis longitudinaux et devenait blanc vers le bout. Le nez de Pierre était, ce jour-là, houleux, et il passait au blanc.
— Monsieur, nous ne pouvons pas aller plus loin.
— Pourquoi cela?
— Le petit cheval va avoir peur.
— Eh bien, il cache son jeu, car on ne s'en aperçoit guère.
— Je le connais, monsieur, il va avoir peur et va nous faire des cascades.
— Vous abusez de ce qu'il ne peut pas s'en défendre ; sans cela il nous dirait que ce n'est pas lui qui a peur, mais que c'est vous.
— Moi!! quand j'étais au siége de Rome, j'en ai bien vu d'autres!
Pendant que Pierre se retrempait dans ses souvenirs belliqueux du siége de Rome, nous avions dépassé le fort, le petit cheval n'avait pas eu peur, et Pierre était rassuré, car il avait entendu que les obus passaient à une vingtaine de pieds au-dessus de notre tête. Il n'y avait véritablement aucune espèce de danger.
Mais la journée avait mal commencé pour lui, et il n'était pas au bout de ses transes. Nous arrivâmes à 1 ou 2 kilomètres de Neuilly-sur-Marne, sur la route qui conduit à Joinville, route absolument découverte. Le plateau d'Avron échangeait une violente canonnade avec les batteries prussiennes situées de l'autre côté de la Marne.