C’est égal, si on élève la pyramide, je demande qu’on mette au bas de l’inscription :

ET LE DOCTEUR T…
N’A PAS SOIGNÉ LES BLESSÉS.

XXII

Le français de l’Académie.
Hôpital modèle. — M. Flourens.

Longtemps j’ai cru que l’Académie française était un temple fondé par Richelieu et desservi par quarante vestales mâles, qui devaient, sous le nom d’académiciens, veiller jour et nuit sur la pureté de la langue et la protéger contre les tentatives, parfois un peu lestes, des néologistes, des romantiques, des réalistes et des charabias ; je croyais aussi que les académiciens travaillaient depuis plus de deux cents ans à une espèce de toile de Pénélope nommée : le Dictionnaire ; et qu’au premier jour ils mettraient d’accord les grammairiens qui ont la mauvaise habitude de ne pas être toujours du même avis. J’avoue que je croyais à tout cela. Aussi, la première fois que je vis publier les pataquès de M. Scribe et les fautes de français de M. Ponsard, j’éprouvai la sensation désagréable qui se manifeste lorsqu’on vous arrache… une illusion.

Je me disais pour me consoler : Tout n’est pas perdu, il en reste encore trente-huit pour faire le bonheur de la langue française, et parmi eux brille l’illustre Sainte-Beuve, plus spécialement chargé de cette besogne en sa qualité de commissaire historiographe de ladite langue. Mais, hélas ! il était écrit là-haut que M. Sainte-Beuve lui-même, de ses propres mains d’académicien, foulerait aux pieds ma dernière illusion, en prononçant un discours qu’on pourrait intituler :

ORAISON FUNÈBRE, EN FRANÇAIS LAMENTABLE,
PAR M. SAINTE-BEUVE
UN DES QUARANTE FAUTEUILS DE L’ACADÉMIE.

On a eu la douleur de l’entendre, ce discours, aux obsèques d’un honorable médecin qui ne méritait pas qu’on jetât de pareil français sur sa tombe. Notez bien qu’il n’a pas été prononcé entre chien et loup, dans le coin obscur d’un cimetière, devant trois amis et quatre croque-morts ; non pas, il y avait une foule choisie ce jour-là ; de plus, M. Sainte-Beuve s’est empressé de le publier dans le Moniteur universel (no 253), qu’il rédige, et dans deux ou trois journaux scientifiques. Je fus tellement exaspéré par ce charabia, que, dans un premier mouvement que je regrette, j’osai, — je demande bien pardon à ces messieurs du blasphème, — j’osai, dis-je, comparer les académiciens aux palefreniers d’Augias, tant ils tiennent mal leur… syntaxe.

La nature funèbre de cet impayable morceau d’éloquence ne m’a pas permis de le publier plus tôt, j’ai voulu laisser pousser un peu de gazon sur la tombe du défunt ; l’herbe pousse vite sur les tombes, à notre époque, et je crois le moment venu de livrer à l’admiration publique ce speech d’académicien. Si j’attendais plus longtemps, il pourrait se couvrir de moisissures, ce gazon funèbre des articles hors d’âge.

Je me suis permis de l’accompagner d’annotations grammaticales et autres, non pas, grand Dieu ! à l’adresse de mes lecteurs, qui parlent tous le français comme MM. Noël et Chapsal, mais uniquement pour ces messieurs de l’Académie qui voudraient se mettre un peu au courant de leur langue.